『Le design devenu mémoire, refuge et acte de liberté par Elizabeth Garouste』のカバーアート

Le design devenu mémoire, refuge et acte de liberté par Elizabeth Garouste

Le design devenu mémoire, refuge et acte de liberté par Elizabeth Garouste

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À travers son exposition Âmes vagabondes, Elizabeth Garouste affirme la singularité d’un univers à la croisée de l’art, du design et de l’artisanat. Figure majeure du décoratif, cette artiste-designer parisienne crée des œuvres entre sculpture et mobilier. Fauteuils, lampes, vases ou tables dépassent leur fonction : objets incarnés où geste créatif et savoir-faire artisanal engendrent des pièces habitées de présence, de poésie et d’émotion. La création, c’est la liberté Née à Paris juste après la guerre, dans une famille juive originaire de l’Est, Elizabeth Garouste grandit dans une atmosphère marquée par l’absence et la mémoire. « La moitié de la famille était déportée », raconte-t‑elle. Tous les dimanches, chez sa grand-mère à Ménilmontant, on se réunissait : « On se remémorait toujours les gens qui avaient disparu. » Ses parents s’installent boulevard Montparnasse. Elizabeth a « la chance » d’étudier à l'école Alsacienne. Là, pas de simples professeurs de dessin, mais « des vrais artistes » qui leur apprennent à faire « une pose en cinq minutes », à explorer le graffiti, à recomposer des scènes imaginaires. En parallèle, elle fréquente, avec son frère, les cours du musée des Arts décoratifs, flânant des journées entières dans ce musée à l'époque « un peu vieillot », fascinée par les maisons de poupées et les sous-sols mystérieux. Le design comme réponse à la peur Le basculement vers le design est intimement lié à son histoire personnelle et à la guerre. Enfant, Elizabeth est traumatisée : « Je pensais que la nuit, tous les meubles étaient devenus vivants. » Elle imagine un grenier qui s’ouvre, des objets menaçants. « Je dormais tout le temps assise et je mettais un maximum d’objets dans mon lit pour les protéger. » Elle confie d’ailleurs : « Je n’ai jamais bien dormi. » Plus tard, le design devient une manière de dompter cette angoisse : « C’est une manière d’apprivoiser les meubles. » Son parcours scolaire est marqué par un échec au bac et un passage dans une « boîte à bac » où elle rencontre Gérard Garouste. Elle suit deux ans à l’école Camondo, « pour pouvoir travailler », puis entre dans le bouillonnement des années Palace. Gérard décorant ce lieu mythique de la fin des années 1970-début 1980, elle réalise avec lui des masques en terre pour des luminaires. Cette expérience la met « tout de suite le pied à l’étrier ». Elle s’associe ensuite à Mattia Bonetti : ensemble, sous la signature Garouste & Bonetti, ils réhabilitent un art décoratif narratif et baroque dans un paysage alors « très rigoureux, très minimaliste ». Des meubles comme récits et comme rêveries Aujourd’hui encore, chaque pièce créée par Elizabeth Garouste est d’abord une histoire. « C’est une histoire que je me raconte », explique-t‑elle. Elle cite « La Chaise », en paille et bois ramassé en forêt : « C’était l’idée de la chaise du fils de Napoléon III qui faisait la guerre contre les Zoulous. » Un meuble en porcelaine de Sèvres lui évoque Marie‑Antoinette faisant venir des porcelaines de Chine pour les enchâsser dans ses meubles. Les matériaux : bois, bronze, céramique, fer forgé, se croisent comme autant de chapitres d’un récit. Son exposition Âmes vagabondes s’inscrit dans un fil conducteur constant : la nature. « Chaque meuble, chaque objet a le nom d’une plante ou d’une fleur », dit-elle. Elle parle d'une sorte « de rêverie et de vagabondage » à travers ce qu’elle peut imaginer et retranscrire de la nature. Le design est pour elle un équilibre délicat : « Il faut à la fois rêver, mais à la fois être fonctionnel. Impossible de concevoir une table où vous ne pouvez pas poser une assiette ou un buffet dans lequel vous ne pouvez rien mettre. » Ses pièces, souvent en édition limitée, échappent délibérément à la logique industrielle. Liberté, artisanat d’art et désir de dessin Au cœur de sa démarche, l’apprentissage permanent des techniques : verre soufflé ou collé, tapis tissé à la main, bronze, céramique… « C’est très enrichissant de savoir de quelle façon on peut travailler l’objet », souligne-t‑elle. Elle revendique son lien étroit avec les artisans d’art. À partir d’un croquis, elle redessine avec des cotes précises, choisit les matières, puis confie chaque partie à l’artisan adéquat, en orchestrant les allers-retours entre bronze, bois et céramique. Cette relation repose sur la confiance : « Il faut qu’ils sentent ce que je souhaite et que je sente ce qu’ils peuvent réaliser. C’est un échange. » À l’approche de ses 80 ans, elle aspire à se rapprocher encore davantage du dessin, de la peinture, des sculptures. « C’est dans cette direction que j’aimerais continuer. Plus le dessin et les gouaches… moins de fonctionnel, ...
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