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Le chemin ne sait pas où il va I c’est celui qui marche qui lui donne son sens.

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Il y a une chose que les belles histoires de délivrance oublient toujours de raconter : ce qui se passe le lendemain matin.Le lendemain matin, la nuit est finie. Vous êtes libre. Vous êtes debout. Et vous êtes debout devant… rien. Pas devant une route éclairée. Devant de la terre nue, qui ne dit rien et qui n’a aucune opinion sur vous.C’est là que beaucoup d’entre nous se rassoient. On attend d’être sûr. On attend le bon moment, le signe, la validation de quelqu’un. On attend d’avoir la carte complète avant de faire le premier pas.Cette semaine, au coin de notre table, nous allons chercher la réponse dans une phrase venue du pays ashanti, en Afrique de l’Ouest :« Le chemin ne sait pas où il va : c’est celui qui marche qui lui donne son sens. »Au programme de cet épisodeNous ouvrons ce proverbe avec les symboles adinkra du pays akan — Nkyinkyim, la ligne en zigzag qui enseigne que « la route de la vie est tortueuse », et Sankofa, l’oiseau qui avance en regardant derrière lui. Puis nous partons sur une piste caravanière du Sahel, là où le vent efface les traces chaque nuit et où le guide répond, sans s’arrêter : « le chemin, c’est moi ».Nous faisons ensuite dialoguer trois mémoires qui ont vécu ce proverbe dans leur chair.L’Acadie, d’abord. Après le Grand Dérangement de 1755, des familles déportées jusqu’en Géorgie décident de rentrer à pied, avec des charrettes — l’odyssée de dix ans qu’Antonine Maillet a fait entrer dans la littérature mondiale avec Pélagie-la-Charrette. Et quand on ne leur laisse que des marais salés, ils construisent des aboiteaux : des digues munies d’un clapet qui laisse sortir l’eau douce et bloque l’eau de mer. Ce peuple n’a pas pris sa terre à la forêt. Il l’a prise à la mer.La Caraïbe, ensuite. Dans les montagnes des Antilles, il existe des sentiers qu’on appelle les Traces : personne ne les a dessinés sur un plan, ce sont les chemins ouverts par les pieds de ceux qui fuyaient les plantations. Aujourd’hui, ils figurent sur les cartes officielles. Ce qui était une fuite est devenu un patrimoine. Avec, en chemin, deux voix immenses : Aimé Césaire et son avertissement contre « l’attitude stérile du spectateur », et Édouard Glissant et sa boussole en six mots — « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ».Et puis nous redescendons dans nos vies. Le mythe de la voie idéale. La leçon du GPS, qui ne peut rien calculer tant que la voiture est à l’arrêt. Les sentiers de terre battue dans les pelouses des parcs, que les villes finissent par asphalter. Et trois visages que vous reconnaîtrez peut-être : celui qui vient d’arriver dans un nouveau pays et à qui l’on demande une « expérience canadienne » qu’il ne peut obtenir sans l’avoir déjà ; celle qui prépare son projet depuis quatre ans et ne l’a jamais ouvert ; celui qui n’a pas appelé son frère depuis six ans.Quelques phrases à emporter« Le chemin n’est pas un cadeau qu’on reçoit. C’est une signature qu’on laisse. »« On ne trouve pas sa voie. On l’use. »« Le doute n’est pas un feu rouge. C’est le bruit du moteur. »« La perfection est le plus élégant des refuges. Mais un refuge, ça ne mène nulle part. »« Votre trace n’est pas derrière vous : elle est devant quelqu’un d’autre. »Le défi de la semaine : Le Pas de Sept JoursUne seule chose que vous repoussez parce que la route vous paraît trop floue. Réduisez-la jusqu’à ce qu’elle tienne dans quinze minutes — pas le projet, seulement le premier pas du projet. Et faites-la dans les sept jours.Puis écrivez-nous. Une phrase suffit. Nous en lirons quelques-unes au début de l’épisode 32, parce qu’ici les pas des uns donnent du courage aux autres.Références citées dans l’épisodeProverbe ashanti / akan (Afrique de l’Ouest) et symboles adinkra Nkyinkyim et Sankofa (Ghana)Antonine Maillet, Pélagie-la-Charrette, prix Goncourt 1979Les aboiteaux acadiens et la reconstruction après le Grand Dérangement de 1755Proverbe haïtien « Dèyè mòn gen mòn »Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natalÉdouard Glissant, « Agis dans ton lieu, pense avec le monde »Dans les épisodes précédentsÉpisode 30 — L’émancipation et la dignité retrouvée https://parole-du-coin.captivate.fm/episode/le-chemin-ne-sait-pas-ou-il-vaÉpisode 29 — La force du collectif et du fardeau partagé https://parole-du-coin.captivate.fm/episode/le-chemin-ne-sait-pas-ou-il-vaÉpisode 28 — L’accueil et la table ouverte https://parole-du-coin.captivate.fm/episode/le-chemin-ne-sait-pas-ou-il-vaParole du coin est un podcast réflexif et interculturel qui croise les sagesses africaines, acadiennes et caribéennes. Un proverbe, une conversation, et une place gardée pour vous au coin de la table.
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