La haine vue par Aurélie Julia de la Revue des deux mondes
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Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit Aurélie Julia, la directrice de La Revue des Deux Mondes, qui dans son dernier numéro en date (mai-juin) nous propose une réflexion sur les « Mécaniques de la haine ». À l’heure où la violence verbale, les antagonismes identitaires, l’intolérance dominent les débats sur les réseaux dits sociaux notamment, la publication propose une exploration à la fois philosophique, politique, historique de la haine.
Dans son éditorial, et au cours de ce numéro d’Idées, Aurélie Julia fait un diagnostic sans détour : la haine est partout, donnant ainsi raison à Pascal qui disait que « tous les hommes se haïssent naturellement l’un l’autre ».
Dans un monde saturé d’incertitudes, la haine offre une identité, une posture, parfois même une appartenance. La directrice de la revue n’est pas du genre à baisser les bras mais elle est réaliste aussi : « il faut beaucoup de lucidité et de courage pour bannir, en son for intérieur, cette habitude délétère d’affirmer le soi par la haine » écrit-elle.
Au fil des pages, les articles de ce numéro abordent la haine sous plusieurs aspects.
Catherine Van Offelen analyse Internet comme une « fabrique de la haine connectée ». Selon elle, l’utopie initiale d’un espace d’émancipation a laissé place à un environnement où l’anonymat, l’immédiateté et le mimétisme favorisent la radicalisation des affects. Le numérique n’invente pas la haine : il la déchaîne, la rend virale, la désinhibe.
Dans un article intitulé : « Une pulsion contemporaine ? » Astrid du Lau d’Allemans, psychanalyste, interroge la dimension anthropologique de la haine. Elle montre comment la peur, l’insécurité et l’humiliation nourrissent une pulsion ancienne.
Jean‑Dominique Merchet décrit, lui, la manière dont les États mobilisent la haine pour souder les identités, désigner des ennemis et légitimer la violence. La haine devient un outil stratégique, un levier de mobilisation collective.
Agrégée de le lettres, Delphine Jouenne montre comment la dégradation du langage — insultes, simplifications, slogans — prépare le terrain à la violence politique. Le langage n’est pas seulement un symptôme : il est un vecteur de haine.
On ne peut que la remercier, Aurélie Julia nous offre un florilège de citations de la philosophe Hannah Arendt. Comme celle-ci : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».
La haine prospère lorsque la pensée se retire.
Jacques de Saint Victor analyse la manière dont les accusations de fascisme — parfois instrumentalisées — saturent le débat public.
Dans un article troublant, Philippe Delaroche, quant à lui, rappelle que « le nazisme a été tendance », soulignant combien la fascination collective peut précéder la catastrophe.
On lira également la contribution très actuelle, hélas, de David Reinharc, intitulée « La cible juive » consacrée à la résurgence de l’antisémitisme.
Programmation musicale :
- Y'a d'la haine - Rita Mitsouko
- LangaJ RaLaviré - Jowee Omicil
- Direction Technopole - Baby Boom.