『La cité qui compte ses pierres - Celui qui parle du monde il y a 5000 ans』のカバーアート

La cité qui compte ses pierres - Celui qui parle du monde il y a 5000 ans

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Send us Fan MailI. Celui qui parleJe m’appelle Pachacamac.Ce n’est pas mon nom. C’est celui qu’on me donnera dans très longtemps, dans une langue qui n’existe pas encore, sur une côte que tu connaîtras plus tard sous ce nom-là, près de l’embouchure d’un fleuve que nous appellerons Lurin. Les hommes ont besoin de nommer ce qu’ils ne comprennent pas ; je les laisse faire. Appelle-moi comme il te plaira. J’ai eu bien d’autres noms, et j’en aurai d’autres encore.Je ne suis pas un dieu. Ne t’agenouille pas, ne me demande rien : je ne peux pas faire tomber la pluie et je n’ai jamais guéri personne. Je ne suis pas non plus un homme, puisque je ne mourrai pas et que je n’ai jamais eu faim. Disons que je suis le fil. Celui qui court d’un bout à l’autre de cette histoire et qui la tient ensemble, comme une corde tient ensemble les brins de coton qu’on a filé séparément.Ce fil, il va nous mener loin. Il traversera des empires que tu connais et d’autres dont tu n’as jamais entendu parler. Il passera par des mains de paysans, de comptables, de soldats, de prêtres, de moines espagnols et d’archéologues. Il finira, je te le promets, par arriver jusqu’à toi.Mais il commence ici. Et ici, aujourd’hui, il n’est encore qu’une corde. Une corde de coton, torsadée entre une paume et une cuisse, dans un village de terre au bord d’un désert.Suis-moi. Je vais te montrer.II. Le monde, il y a cinq mille ansFerme les yeux un instant et regarde la Terre d’en haut, comme je la regarde.Nous sommes vers trois mille ans avant le point que ta civilisation a choisi pour couper le temps en deux. Quelle idée bizarre tu as eu d’ailleurs ! Le monde est presque vide. Peut-être quarante millions d’hommes en tout — l’équivalent d’une grande ville de ton époque — éparpillés sur une planète entière.Regarde le Croissant fertile, entre deux fleuves qui descendent des montagnes du nord. Là, dans les briques crues d’Uruk et d’Ur, des hommes viennent de faire une chose stupéfiante : ils ont pris un roseau taillé, ils l’ont enfoncé dans de l’argile molle, et ils ont commencé à laisser des marques. D’abord pour dire : tant de mesures d’orge, tant de moutons, tant de jarres d’huile. La première écriture du monde n’est pas un poème. C’est une facture.Glisse vers l’ouest. Un long fleuve vert coupe un désert jaune. Les hommes qui vivent sur ses rives viennent de rassembler deux royaumes sous une seule main. Ils apprennent à tailler le calcaire, à aligner les blocs, à mesurer les angles. Dans quatre siècles, ils empileront à Gizeh des pierres si nombreuses que tu ne pourras pas y croire en les voyant. Eux aussi ont inventé des signes ; eux aussi ont commencé par compter des sacs de grain.Plus loin vers le levant, un autre fleuve, l’Indus. Des villes de brique cuite, rectilignes, avec des rues qui se croisent à angle droit, des égouts, des greniers, des poids de pierre calibrés pour que le marchand ne triche pas. Harappa. Mohenjo-daro. Une civilisation dont vous ne savez toujours pas lire l’écriture, et qu’on ne saura peut-être jamais lire.Plus loin encore, entre le fleuve Jaune et le fleuve Bleu, des villages de potiers cuisent des céramiques noires si fines que la lumière passe au travers.Et au nord-ouest, sur des îles battues par la pluie et sur des landes de bruyère, des hommes traînent des blocs énormes sur des rondins et les dressent en cercles face au soleil levant. Ils n’écrivent pas. Ils ne comptent rien. Mais ils savent, à un jour près, quand le soleil s’arrêtera de descendre.Aucun de ces peuples ne sait que les autres existent.Maintenant, tourne-toi. Traverse l’océan. Regarde l’autre versant du monde — celui dont les gens du Croissant fertile n’entendront pas parler avant quatre mille cinq cents ans.Ici aussi, il y a des hommes. Beaucoup d’hommes. Ils sont arrivés du nord par vagues, très lentement, il y a des millénaires, et ils ont trouvé une bande de terre étroite coincée entre le plus grand océan et la plus haute chaîne de montagnes après l’Himalaya. Ils y vivaient de coquillages, de racines, de chasse. Ils ont commencé, il y a peu, à planter au lieu de cueillir.Et sur une terrasse de sable et de cailloux, dans une vallée qui s’appellera Supe, quelque chose est en train de naître qui n’a d’équivalent nulle part ailleurs dans cet hémisphère.Ils vont bâtir une ville.Pas un village. Pas un campement de saison. Une ville : avec un centre et une périphérie, des quartiers riches et des quartiers pauvres, des places pour se rassembler, des rues, des ateliers, des gens dont le métier est de faire et des gens dont le métier est de décider. Elle vivra mille ans — cinq fois plus longtemps que l’empire des Incas, dont tu as entendu parler, et dont personne ici ne peut même imaginer l’idée.Les hommes de ton temps l’appelleront Caral. Ils la trouveront très ...
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