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Ken Bugul et Modou Ndiaye: «On ne peut pas avoir d’histoire sans village»

Ken Bugul et Modou Ndiaye: «On ne peut pas avoir d’histoire sans village»

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Ken Bugul retrouve son petit-fils Modou N'diaye pour une conversation sur le Sénégal, le village, le féminisme, la langue, l’héritage des femmes et la fabrication de soi. Un échange libre et profond entre deux générations traversées par plusieurs mondes.

Garder la tradition dans un monde moderne : c’est tout l’enjeu de cet épisode d'Esprit de famille. Après 14 ans de séparation, Ken Bugul, romancière, se confie avec Modou N'diaye, son petit-fils de 24 ans.

La transmission : du conte ancestral à l’écran géant

Le dialogue explore la difficulté de transmettre des valeurs dans un monde qui change d’échelle. Ken Bugul confie son dilemme : comment parler à un petit-fils “occidentalisé”, qui pose des questions sur le Musée du Louvre depuis un salon feutré à Dakar ?

« Une personne âgée ne parle pas ainsi directement à son petit-fils. Il fallait passer par des contes. Je te parlais de ma vie en utilisant des méthodes pour que ça te soit accessible, parce que tu étais petit » — Ken Bugul.

Chercher son identité

Modou se définit comme un “sénégambien” et un citoyen du monde, tout en avouant chercher encore ses repères. Ken Bugul, elle, le ramène à la terre. Pour elle, on ne peut avoir d’histoire sans village. Elle raconte avec une honnêteté brutale son propre choc identitaire à Bruxelles.

« Parce qu’il y avait tellement de blancs qui passaient derrière moi que, tout d’un coup, je me suis trouvée petite, noire, là, au milieu de tous ces blancs. Et je me suis touchée la peau. J’ai dit : “Waouh ! Qui suis-je ?” » — Ken Bugul.

L’épisode rend hommage à la lignée des femmes de la famille. Modou se revendique féministe, car il a été élevé par trois femmes : sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Ken Bugul révèle alors l’origine de cette force : ses ancêtres du Waalo qui, à la fin du XIXe siècle, ont quitté leur région à cheval, seules et divorcées, pour parcourir des centaines de kilomètres et s’installer comme travailleuses indépendantes à Kaolack. Elles ont refusé le remariage pour préserver leur liberté et ont investi chaque centime dans l’éducation de leurs enfants.

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