Immense surprise au Moyen-Orient et sur les marchés du pétrole avec ce départ annoncé de l'Opep pour les Émirats arabes unis. Ce retrait au nom de « l'intérêt national » marque un revers pour l'alliance, déjà ébranlée par la guerre au Moyen-Orient. Pourquoi ce choix ? Y a-t-il un risque de froisser un peu plus des relations déjà tendues avec l'Arabie saoudite, mastodonte de l'or noir ? L’analyse du chercheur Adlene Mohammedi, expert associé au Ceri-Sciences Po et enseignant à l'université Paris III et à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). RFI : Que représentaient les Émirats arabes unis dans l'Opep ? Adlene Mohammedi : Les Émirats arabes unis étaient l'un des principaux membres de l'Opep et ils faisaient partie des trois principaux producteurs de l'Opep derrière des pays aussi importants que l'Arabie saoudite et l'Irak par exemple. Donc, d'un point de vue économique, leur poids est assez important. Ils représentaient environ 12 %, de la production de l'Opep. Donc, c'est un départ qui a des conséquences économiques. Vous parliez d'un autre poids lourd de cette organisation, c'est bien sûr l'Arabie saoudite qui est à la fois alliée et rivale des Émirats arabes unis. Alors, est-ce que, à travers cette décision, Abou Dhabi marque une forme de rupture nette avec l'Arabie saoudite ? Effectivement, l'Opep est clairement dominée par l'Arabie saoudite, c'est-à-dire les grandes décisions de l'Opep sont clairement dominées, contrôlées par l'Arabie saoudite. Et quand on parle de décisions de l'Opep, on parle en général de quotas imposés pour baisser la production de l'Opep et donc permettre finalement des prix assez élevés. C'est finalement là la divergence principale sur le plan économique entre les Émirats et l'Arabie saoudite, c'est que les Émirats, en fait, ne voulaient pas de ces quotas. Et ce n'est pas la première fois, en réalité, qu'ils le disent. Mais au-delà de cela, on a bien des rivalités entre l'Arabie saoudite et les Émirats. Alors je ne sais pas si on peut parler de rupture nette, directe et définitive parce qu'on n'en est pas là officiellement. On n'est pas dans une confrontation directe, mais on est dans une espèce de guerre froide entre les deux, perceptible déjà depuis quelques années en réalité. Et aujourd'hui, le principal théâtre dont tout le monde parle, c'est l'Opep. Mais hier, on parlait par exemple essentiellement du Yémen, où on a clairement vu les divergences entre les deux pays. À lire aussiYémen: les Émirats défient l'Arabie saoudite dans leur propre jardin Le Yémen où Mohammed ben Zayed, pour les Émirats arabes unis, souhaite une partition du pays, alors que Mohammed ben Salman, prince héritier d'Arabie saoudite, souhaite que le pays reste uni. Mais il y a d'autres théâtres. Il y a le Soudan, la Somalie aussi, où ces deux pays sont opposés. Oui, alors sur le Yémen, les Émirats ont toujours été très ambigus. Disons qu'ils ont soutenu les séparatistes sudistes. Il n'y a pas de doute là-dessus. Et en réalité, ce que les Saoudiens leur ont reproché depuis quelques années, c'est qu'alors qu'ils étaient censés faire partie de la même coalition contre les Houthis, les Émirats ont plutôt fait le choix, la plupart du temps, de lutter contre l'armée loyaliste yéménite, au motif que celle-ci était en partie composée de ce que les Émirats considéraient comme des Frères musulmans. Donc, en réalité, depuis quelques années, on voyait bien les divergences assez nettes entre les deux pays, malgré un semblant d'unité, notamment au début de la coalition. Mais comme vous l'avez dit, vous avez d'autres théâtres d'affrontements, vous avez la Corne de l'Afrique, la Somalie bien sûr, le Soudan où les Émirats jouent aussi un rôle assez net en soutenant les forces d'Hemedti, les paramilitaires. Le problème des Émiratis, c'est qu'ils veulent donner l'apparence dans le discours de soutenir les États, d'une espèce de modernité stato-centrée, alors que dans les faits, ils soutiennent beaucoup d'acteurs subversifs contre les États centraux. Ils ont soutenu la milice de Haftar en Libye contre Tripoli. Ils soutiennent des acteurs subversifs dans la Corne de l'Afrique. Ils ont soutenu les séparatistes au Yémen. Et bien sûr, au-delà même de tout cela, en réalité, ce qui gêne l'Arabie saoudite, c'est d'avoir une contestation de son hégémonie à l'échelle régionale. Et ces divergences entre ces deux puissances, elles s'illustrent aussi dans la relation entretenue avec Israël ? Disons que les Émirats sont allés plus loin que tous les autres sur ce point. Déjà, en normalisant avec Israël, à travers les accords d'Abraham, ce que les Saoudiens n'ont pas fait. Et en fait, les Émiratis donnent l'impression de se mettre un petit peu entre les mains des Israéliens à l'échelle régionale. Et ça, effectivement, ça gêne un peu, parce que même ...
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