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Avec Johnny Makam, la tradition musicale turque rencontre la techno occidentale

Avec Johnny Makam, la tradition musicale turque rencontre la techno occidentale

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Né quelque part entre Istanbul, la mer Noire et le sud de la France, le groupe Johnny Makam fusionne les sonorités et les instruments traditionnels turcs avec des influences issues du rock psyché anatolien et de la techno occidentale. Un mélange étonnant et détonant, débordant d'énergie, et dans lequel les revendications politiques ne sont jamais bien loin.

Johnny Makam, c'est avant tout le fruit du hasard : une rencontre à Istanbul, entre la chanteuse Ebru Aydin et plusieurs musiciens français venus dans la ville turque pour des raisons professionnelles. Le feu a pris et ne s'est plus éteint depuis : un EP, une longue tournée des festivals, et désormais un album, Karadeniz Dreamin'. Ce disque est à l'image du groupe : cosmopolite, riche en influences, dynamique, en tout cas, « pas minimaliste, » sourit Yann Le Glaz, le saxophoniste de la formation.

La tradition musicale turque comme colonne vertébrale

Au coeur du projet, il y a les musiques anatoliennes et issues de la mer Noire. Après tout, le groupe ne s'appelle pas Johnny Makam pour rien : ce nom de scène est tiré du maqam, un système de gammes très utilisé au Moyen-Orient. « Pour résumer, c'est un peu le solfège de la Turquie, explique Yann Le Glaz. Il est différent du solfège auquel on est habitués, à la fois par ses rythmes, et par ses intervalles de note. Il faut imaginer par exemple que, sur un piano, entre les touches noires et les touches blanches, il y aurait des notes supplémentaires. Cela permet de faire des variations très subtiles, car la musique turque est vraiment fondée sur la progression dans les mélodies. »

Voilà pour la petite leçon de musicologie. Chez Johnny Makam, la place de la tradition musicale turque passe aussi par le qanun, instrument dont joue Ebru Aydin, et hérité de l'époque ottomane.

Des mélanges de genres décomplexés

La vraie marque de fabrique de Johnny Makam, c'est en fait sa façon de mélanger ces influences traditionnelles avec celles, plus modernes, du rock psychédélique anatolien, et surtout de la techno occidentale. « ​​​​​​​C'est vrai qu'on fait des musiques qu'on pourrait entendre en boîte de nuit ici en France, s'amuse le saxophoniste Yann Le Glaz. Sauf qu'il y a cet héritage turc. »

Des rythmes syncopés rencontrent donc le çiftetelli, un genre musical venu de la mer Noire (après tout, c'est cela que signifie « Karadeniz » !) ; les kemence (violons turcs) s'entrechoquent avec des synthétiseurs débridés et des guitares endiablées, pour donner lieu à une musique festive... et néanmoins engagée.

« ​​​​​​​Ce n'est pas rare en Turquie d'entendre des chansons qui parlent de thématiques lourdes, sur fond de musique à danser. En France, on n'y est pas habitués, mais le tout, c'est de trouver le bon équilibre, » souligne Yann Le Glaz. C'est ainsi qu'une chanson comme « Halayina Isyan » exhorte à la révolte, tandis que « Hey Ser Yolunda » (« tout va bien ») dénonce la guerre à Gaza et, plus largement, les conflits impérialistes. De la musique festive à la musique cathartique, il n'y a qu'un pas, que Johnny Makam franchit d'un bond.

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