Hamad ben Khalifa al-Thani, l'émir qui a fait du petit Qatar un géant mondial
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L’ancien émir du Qatar Hamad ben Khalifa al-Thani est mort dimanche à l’âge de 74. Il n’était plus aux affaires depuis qu’il avait abdiqué en faveur de son fils en 2013. Mais c’est lui qui a lancé les politiques qui ont fait de l’émirat un acteur central des relations internationales aujourd’hui.
Quand il arrache le pays des mains de son père dans une révolution de palais sans violence en 1995, le Qatar, une péninsule désertique qui s’avance dans le golfe Persique est un tout petit émirat isolé dont les caisses sont vides. Il ne pèse pas bien lourd dans une région dominée par des géants comme son voisin saoudien. Il va lui offrir une énorme influence. D'abord en misant sur son potentiel économique. Il développe la production pétrolière et surtout gazière, jusqu’à devenir l’un des principaux producteurs au monde. Une force quand les Européens cherchent à se détacher du gaz russe, mais aussi une faiblesse quand l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, car le gaz qatarien est exporté par bateaux sous forme liquéfiée. La capitale Doha, au départ quasiment un village de pêcheurs, devient une ville moderne où les gratte-ciels spectaculaires poussent comme des champignons et où les terres artificielles gagnent sur la mer. Un carrefour aérien et aéroportuaire fondamental entre l’Asie et le reste du monde aussi.
Influence considérableMais le cheikh Hamad Al-Thani voulait plus et il a aussi donné à son pays un rôle diplomatique démesuré par rapport à sa taille. Au plan régional d’abord. En s’impliquant dans de nombreux dossiers. En soutenant les printemps arabes à partir de 2010. Le Qatar va y gagner une influence considérable et un rôle central qui va lui donner une position qui finira par indisposer ses voisins comme l’Arabie saoudite, qui va l’accuser de s’allier à des islamistes, aux Frères musulmans et a des mouvements terroristes. Les relations seront pendant un temps très difficiles. D’autant que le Qatar partage aussi un immense champ gazier avec l’Iran chiite, ce qui n’est pas du goût de la dynastie sunnite des Saoud. Mais le Qatar accueille aussi la plus grande base militaire américaine au Moyen Orient. Une fois encore, une manière de renforcer le rôle diplomatique central de l’émirat. Il s’implique aussi dans le dossier palestinien notamment à Gaza. Le Qatar, à force d’investissements massifs et d’extension de son influence diplomatique, a acquis plus récemment un rôle au-delà de la région. Notamment dans les négociations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda qui soutient le mouvement AFC/M23.
Soft powerEnfin, le Qatar a acquis une visibilité mondiale grâce à l’émir al-Thani. Avec cette idée simple : la manne pétrolière et gazière est soumise aux aléas géopolitiques et ne sera pas éternelle. Il faut donc se développer et se diversifier ailleurs. C'est la création du fonds souverain du Qatar. La création de la chaîne d’information Al Jazeera qui va lui donner un soft power inégalé dans le monde arabe et au-delà, c’est lui. Le rachat du Paris Saint-Germain par l’entremise du président français Nicolas Sarkozy, c’est lui. La mondialisation de la marque PSG en faisant venir des stars, c’est lui. La réussite sportive du club arrivera plus tard. L’obtention de l’organisation de la Coupe du monde football 2022, c’est lui. Le football mondial est désormais sous influence qatarienne. Le président de la FIFA Gianni Infantino a sa résidence à Doha et vole sur des jets privés fournis par le Qatar. On peut même parler de diplomatie aéronautique qatarienne. Elle s’étend désormais jusqu’aux États-Unis avec le nouvel Air Force One offert à Donald Trump.
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