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Haïti : à Solino, le retour des habitants dans un quartier meurtri

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概要

Fin 2024, le quartier de Solino, à Port-au-Prince, est tombé aux mains des gangs. Pillages, incendies, affrontements : des centaines d’habitants ont fui pour échapper aux violences. En août dernier, les groupes armés ont annoncé leur retraite. Depuis, timidement, des familles reviennent. Elles retrouvent des maisons détruites et un climat sécuritaire toujours fragile. Malgré les promesses gouvernementales, l’aide tarde à arriver. Les habitants n’ont d’autres choix que de reconstruire seuls. Un Grand reportage de Justine Fontaine et Achim Lippold. « C’était un champ de guerre » Le père Gardy Maisonneuve, directeur de l’organisation humanitaire Sant Karl Levêque, nous conduit jusqu’à Solino. Il coordonne le programme gouvernemental « Retour au quartier », censé encourager les habitants à revenir et leur fournir un soutien financier. Pour atteindre Solino, nous traversons d’abord Christ-Roi, autre quartier autrefois considéré comme un « territoire perdu ». Ici aussi, les gangs ont laissé leur empreinte : impacts de balles sur les façades, maisons calcinées sans toit, grilles de fenêtres tordues par la chaleur. « C’était un champ de guerre », commente le père Gardy Maisonneuve, en pointant du doigt la limite jusqu’à laquelle les groupes armés ont pu avancer. L’activité reprend pourtant, timidement. On voit des étals du marché informel à nouveau installés sur le trottoir. « Les gens reviennent », observe le père Gardy Maisonneuve. La circulation reste clairsemée : « C’est moins dense qu’avant… c’est plus tranquille. » Des maisons saccagées, des vies à reconstruire À Christ-Roi, Marie Solange nous ouvre les portes de ce qu’il reste de sa maison. L’intérieur est plongé dans l’obscurité : il n’y a plus d’électricité. Les fils ont été arrachés par les gangs, probablement revendus au marché noir. Marie Solange ignore quand elle pourra vraiment revenir s’y installer. « L’ampleur des dégâts est énorme », dit-elle, encore sous le choc. Son voisin, Frantz Kelly, informaticien, regarde aussi sur les ruines de son habitation qui n’a même plus de toit. « Tout a brûlé », dit-il, en nous montrant les pièces qui servaient autrefois de salon, de salle de bain et de chambres. Sans ressources et sans aide des autorités haïtiennes pour reconstruire sa maison, un retour est difficile d’envisager. « Peut-être cette année encore, mais je n’ai pas encore de date », nous dit-il. Pierre, 60 ans, n’a pas eu le choix. Les conditions de son hébergement provisoire étaient intenables. Il est revenu vivre ici avec sa femme et ses cinq enfants, malgré l’état de la maison. « J’ai dû m’enfuir parce que les gangs ont tué beaucoup de gens, il y avait des cadavres par terre. Je suis parti avec le strict minimum ». Il nous conduit à l’étage et nous montre sa chambre, vide. « Les moustiques nous empêchent de dormir. J’ai mis des cartons à la place des vitres. Et des cartons par terre, sur lesquels je dors avec mon épouse. Je n’ai pas d’argent pour racheter des fenêtres ou des lits. Solino, paysage apocalyptique En arrivant dans le quartier de Solino, le décor se durcit encore : carcasses de voitures, maisons effondrées, rues presque désertes. Malgré le retrait des gangs, la sécurité n’est pas garantie. Nous sommes escortés par un policier et un habitant du quartier qui nous sert de guide. Nous rencontrons Joseph Hervé, ferronnier depuis plus de quarante ans, il travaille sur le trottoir. Son atelier a été saccagé, ses générateurs volés. « Je fabrique une porte avec une fenêtre. Quelqu’un un peu plus loin s’est fait arracher la sienne. Je vais l’installer dès qu’elle sera prête. ». Comme beaucoup, il ne reste que la journée et repart avant la tombée de la nuit. C’est le cas d’Henri aussi, venu inspecter sa maison. Il redoute le retour des gangs qui contrôle le quartier voisin de Bel-Air, à quinze minutes à pied. Revenir, faute d’alternative Une insécurité que Lovely, 21 ans, confirme : « Depuis plus d’une semaine, j’entends des tirs. On dit qu’il y a une opération de police à Bel-Air. Les balles sifflent jusqu’ici. On doit s’abriter derrière les murs pour éviter les balles perdues. ». On lui demande si la police prévient les habitants avant d’intervenir ?« Non ! », répond-elle. Lovely et sa famille ont pourtant décidé de rentrer. Ils n’avaient plus d’autre solution, explique sa mère, Célina. « J’ai tout perdu. Je n’ai gardé que mes deux mains et mes deux pieds. On a vécu dans un camp de déplacés, mais la situation était trop mauvaise. J’ai dû revenir. » Pour survivre, elles ont ouvert une petite épicerie au rez-de-chaussée : quelques produits de première nécessité, juste assez pour garder la tête hors de l’eau. Mais les besoins sont immenses. « Je vis de ce commerce, mais je ne peux pas ...
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