Entre la France et l’Algérie, une fille enquête sur le silence de son père
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Dorothée-Myriam Kellou interroge son père Malek sur la guerre d’Algérie, la mémoire kabyle, les silences familiaux, l’exil et la langue. Un épisode sur ce qui n’a pas été transmis par les mots, mais qui continue de traverser les générations.
Ce qui commence comme une discussion de famille se transforme rapidement en une enquête archéologique sur les zones d'ombre de la colonisation et les silences qui fragmentent l'identité. Malek Kellou, cinéaste kabyle, et sa fille Dorothée-Myriam abordent les non-dits de leurs histoires.
La Statue de Bronze et la Grenade : deux portes d'entrée vers l'AlgérieMalek se remémore un matin de neige à Nancy où il voit apparaître la statue en bronze du Sergent Blandan (mort en 1842 lors de la conquête). Pour lui, cette statue est le rappel brutal d'une Algérie violente, et bien qu’il se questionne, on ne lui répond pas.
« Moi j'ai posé la question à ma mère. Elle m'a donné une orange et m'a dit : Mange ton orange et tais-toi. » — Malek.
Pour Dorothée-Myriam, née en France, l'Algérie n'était pas une statue, mais un fruit. Son père ne lui racontait pas la guerre, il lui apportait une grenade en disant : "C'est le fruit de mon pays." Ce silence paternel l'a poussé à entamer une quête pour comprendre son identité.
Pour revenir sur leur histoire commune, ils discutent du documentaire de Dorothée-Myriam Kellou : À Mansourah, tu nous as séparés. À Mansourah, en Petite Kabylie, l'armée française avait déplacé des populations civiles pour les couper du FLN, entourant les villages de barbelés électrifiés.
La transmission par le silence et l’émotionDorothée-Myriam Kellou raconte comment elle a absorbé l'émotion de son père devant des photos d'actualité (comme celles de Gaza ou des républicains espagnols). C'est cette sensibilité héritée qui l'a menée à documenter l'occupation en Palestine, y retrouvant un écho de l'histoire algérienne.
« L'Histoire, c'est la passion des fils et des filles qui voudraient comprendre les pères et les mères » — Dorothée-Myriam Kellou (citant Pasolini).
Dans leurs fouilles d’archives, ils s’arrêtent sur une photo de mariage de Malek avec Catherine, la mère française de Dorothée-Myriam Kellou. Un mariage "anti-conformiste", perçu par le maire de l'époque comme une tentative de réconcilier les deux rives.