En Roumanie, le succès de la musique manele dérange
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En Roumanie, c'est la musique des mariages, des baptêmes et des fêtes populaires. Sur YouTube, les stars du manele, comme Costel Biju ou Babasha, cumulent plusieurs centaines de millions de vues. Pourtant, ce genre musical d'origine balkanique continue de susciter un profond rejet dans une partie de la société.
De notre correspondant à Bucarest,
Dans un studio de Bucarest, le chanteur Vlad Babasha attend avec impatience son concert au festival Galaxia. Il y a encore quelques années, voir un artiste de manele à l'affiche d'un grand festival aurait été impensable. « Dans les années 2000, c'était très difficile d'admettre qu'on écoutait du manele, parce que cette musique était chantée principalement par des Roms, explique le chanteur. Mais aujourd'hui, on en entend partout : dans les festivals, sur TikTok, sur Instagram... Il y a même des publicités avec du manele. C'est pour ça que les gens l’acceptent davantage. »
Mariages, baptêmes, anniversaires… ce genre musical d'origine balkanique est omniprésent dans les fêtes roumaines. Pourtant, malgré son immense succès, le manele continue de diviser. En 2024, lorsque le groupe Coldplay invite Babasha sur scène à Bucarest, une partie du public le hue pendant sa prestation. « À mon avis, on ne peut pas détester le manele pour sa musique. Il y a forcément autre chose derrière », pointe Babasha.
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Des avis partagésDans un parc de Bucarest, les avis sont très partagés. Ionuț ne se reconnaît pas dans le manele. « Associer le manele à la musique roumaine, c'est un peu offensant. Cette musique a ses qualités, mais moi, ça ne me représente pas, affirme-t-il. Regardez aussi les paroles : je ne les trouve pas très profondes. Il y est question de diamants, de casinos par exemple… Je trouve ça superficiel. »
Marina voit les choses tout autrement : la lycéenne n’imagine pas faire la fête sans manele. « Je pense que beaucoup de Roumains aiment le manele parce que c’est la musique idéale pour faire la fête, souligne-t-elle. L’énergie est bonne, on peut danser, chanter… Beaucoup de gens écoutent du manele pour ça. »
Le manele domine les plateformes de streaming, mais reste largement absent des grandes radios commerciales. En cause, les nombreux stéréotypes dont la minorité rom reste victime en Roumanie. « Beaucoup de Roms chantent du manele. Mais de nombreux Roumains ne veulent pas être associés aux Roms, qui sont toujours perçus comme des mendiants, des voleurs, dénonce l'activiste Alex Stan. Nous avons encore honte du manele. Pourtant, les mêmes personnes qui rejettent cette musique en public l'écoutent lors de leurs soirées privées. »
Signe que les lignes bougent, les artistes de manele sont désormais invités dans plusieurs grands festivals roumains.
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