En Indonésie, le début de mandat chaotique du président Prabowo Subianto
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La colère monte en Indonésie contre le président Prabowo Subianto, arrivé au pouvoir en 2024 et qui connaît un début de mandat chaotique. À commencer par sa politique économique dénoncée comme injuste.
C'est un nouveau mouvement de protestation dans la rue qui est en train de monter à Jakarta. Il est organisé par les étudiants qui contestent une politique fiscale compromise, une Banque centrale qui perd son indépendance – elle va être supervisée par le Parlement –, mais surtout un gouvernement qui ne tient pas compte de l'intérêt du peuple, en pleine tension sur les prix de l'énergie à cause de la guerre au Moyen-Orient.
Raison principale de cette colère : la décision ce mercredi 10 juin d'augmenter de 32 % les prix des carburants non subventionnés et très largement utilisés. S'ajoute la baisse de la roupie, la monnaie nationale. Voilà deux paramètres inflammables à l'origine de bien des révolutions dans le monde. La classe moyenne en Indonésie est frappée de plein fouet.
Crimes de gestionLes étudiants demandent aussi la fin d'un programme social très controversé : les repas gratuits pour les écoles, les femmes enceintes et allaitantes. C'était la tête de gondole de la politique sociale de Prabowo. L'insécurité alimentaire est un problème majeur en Indonésie : 20 % des enfants souffrent de retards de croissance à cause de la malnutrition. Pour lutter contre ce fléau, Prabowo avait fixé un objectif ambitieux : fournir des repas gratuits à au moins 83 millions de personnes : enfants, femmes enceintes et femmes allaitantes. Autrement dit, un tiers de la population.
Or ce programme, qui a coûté des milliards de roupies, a été perverti. Son responsable, Dadan Hindayana, qui dirigeait l'Agence nationale de nutrition, a été limogé le 2 juin dernier puis arrêté. En cause : une mauvaise qualité nutritive des repas et surtout 11 000 cas d'intoxication alimentaire, dont 600 personnes hospitalisées.
Plus grave encore : le responsable du programme est accusé de crimes de gestion. Il avait sélectionné des fondations pour superviser les cuisines du programme d'aide alimentaire. Des fondations qui recevaient des milliards de roupies et qui étaient liées ou même détenues par ce responsable et ses deux adjoints, eux aussi arrêtés. Ils auraient organisé des marges frauduleuses sur les produits alimentaires. Et avec l'argent, ils auraient acheté illégalement des motos électriques, des chaussures, des tablettes et des téléviseurs. Même si 61 millions de personnes avaient bénéficié de ce programme en mars dernier, on comprend mieux les appels qui se multiplient à l'abandon de ce programme.
« Une dose d'autoritarisme »Ce n'est pas tout : le président Prabowo est accusé d'autoritarisme et de répression. En effet, l'homme a un passé sulfureux. Ancien commandant des forces spéciales sous la dictature de Suharto – dont il est le gendre –,, il est impliqué dans de multiples exactions au Timor oriental, en Papouasie et lors des manifestations anti-Suharto de 1998.
Aujourd'hui devenu président, il a lissé son image pour passer pour un grand-père sympathique. Mais il a fait amender une loi qui permet aux militaires d'occuper à nouveau des responsabilités civiles. Les opposants, les dissidents voient leur liberté de parole de plus en plus entravée. Ils subissent même des agressions qui rappellent la dictature, comme cette attaque à l'acide contre Andriye Yunus, défenseur des droits de l'homme et dirigeant de l'ONG Kontras. Ses assaillants ont été condamnés ce mercredi 10 juin à des peines jugées bien trop légères, pas plus de trois ans de prison.
Prabowo, quant à lui, se plait à jouer sur les mots. Il déclare tour à tour que la « critique est constructive », puis qu'il faut une « dose d'autoritarisme pour lutter contre la corruption » et que les ONG, « financées par les puissances étrangères, sèment la discorde en prétendant défendre la démocratie ». L'ambiguïté d'un ancien commandant avec du sang sur les mains est inévitable.
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