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En France, un journal local massivement acheté par des élus pour étouffer une affaire de viol

En France, un journal local massivement acheté par des élus pour étouffer une affaire de viol

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En France, L'Essor Savoyard a été victime d'une manœuvre rare. Le journal hebdomadaire d'Annecy, une ville de 128 000 habitants à l'Est de la France, a vu bondir ses ventes de 50% le 4 juin dernier. Un succès loin d'être anodin : la Une du journal relatait une enquête sur les accusations de viols qui concernent le premier adjoint au maire, fraichement élu. Ce jour-là, on comptabilise des achats massifs par dizaines, voire centaines d'exemplaires. Après quelques semaines d'enquête, le journal découvre que des proches de la mairie sont impliqués dans ces achats massifs. Pour Reporter sans frontières, cette situation représente un danger pour la liberté d'informer.

Tout commence le 4 juin dernier. L'Essor Savoyard titre en Une : « Annecy. Le maire secoué par une affaire de viol. » Le journal relate le témoignage d'un homme accusant le premier adjoint au maire. « On avait un repas d'équipe le 4 juin, en présence du rédacteur en chef, raconte Maxime Petit, chef d'édition adjoint à l'Essor Savoyard. Il a reçu un coup de fil et s'est absenté quelques minutes. Et à son retour, il nous a dit : "Il y a des achats anormaux". Et donc à la mi-journée, le 4 juin, on avait déjà deux tiers des points de vente qui étaient en rupture de stock. »

C'est inédit pour le journal. En tout, ce sont plus de 3 000 exemplaires vendus au lieu des 2 000 habituels. Dans un point de vente, un duo s'est procuré 170 journaux d'un coup. Dans d'autres, ce sont des dizaines de canards qui partent. « C'est pour l'exposé de ma fille », dit un client. « Je suis salarié du journal », assure l'autre. Face à ces irrégularités, la rédaction a mené une enquête minutieuse, digne d'un polar. Porte à porte chez les buralistes d'Annecy. Visionnage de vidéosurveillance. Après plusieurs semaines d'enquête, les révélations tombent.

« Il y a au moins trois personnes ayant un lien avec la mairie d'Annecy qui ont acheté ou tenté d'acheter des journaux, l'Essor Savoyard, massivement le 4 juin. Deux de ces personnes sont des membres du cabinet et la troisième, c'est une élue de la ville », précise Maxime Petit.

Acheter des journaux en masse

Une source au sein de la majorité municipale a bien confirmé au journal que dans un moment de panique, une sorte de mot d'ordre avait été passé : acheter des journaux en masse. Mais de son côté, le maire fraîchement élu, Antoine Armand, assure au journal n'avoir donné aucune consigne ni être au courant d'une tentative d'étouffement.

« Cette opération vient vraiment casser la chaîne de l'information, explique Haïfa Mzalouat, journaliste chez Reporters sans frontières. Elle a mené l'enquête avec L'Essor Savoyard pour comprendre ce qui s'était passé. « Mais ce qui est sûr, c'est que cette affaire, elle témoigne de quelque chose, poursuit-elle. C'est qu'en fait on touche à quelque chose de précieux. L'affaire de viol présumé que relatait L'Essor Savoyard dans cette édition du 4 juin. Elle était déjà sortie dans un autre média. Et pourtant, c'est L'Essor Savoyard qu'on a essayé de faire taire. Donc c'est d'autant plus intéressant, car ça en dit long sur l'importance qu'ont ces journaux pour la population et pour la clientèle. »

Et c'est justement parce qu'elle est essentielle que la presse papier de proximité mérite une attention particulière. Selon l'ONG, dans un récent rapport, RSF pointe le modèle économique fragile du secteur. Elle ne bénéficie que de 2 % d'aides publiques, contre 50 % pour une radio ou télévision locale.

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