Des rives de la Méditerranée au Sahara : vérités et tabous des esclavages dans le monde musulman
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La mémoire du continent longe ce dimanche les rives de la Méditerranée et descend jusqu'au Sahara pour tenter de cartographier l'esclavage dans les mondes musulmans. L'occasion de revisiter des questions peu discutées, taboues pour certains, dans un dialogue sans langue de bois et sans détours.
Avec la participation de M’hamed Oualdi, historien, professeur d'histoire du Maghreb à l’Institut universitaire européen de Florence, auteur de L’esclavage dans les mondes musulmans (éd. Amsterdam).
Pour aller plus loinL’historien M'hamed Oualdi présente l’exposition Esclaves en Méditerranée à l’Institut du monde arabe et explique que l’esclavage méditerranéen des XVIIe et XVIIIe siècles reste beaucoup moins connu que la traite transatlantique. Pourtant, la Méditerranée fut pendant des siècles un espace majeur de captivité et de servitude.
L’exposition met en lumière les échanges entre l’Europe du Sud, le Maghreb et l’Empire ottoman, notamment à travers des œuvres d’art italiennes et françaises représentant des esclaves de différentes origines. L’historien rappelle que l’esclavage existait déjà dans l’Antiquité grecque et romaine, puis s’est poursuivi à l’époque moderne grâce au système des corsaires. Des navires musulmans comme chrétiens capturaient des passagers et exigeaient des rançons ; ceux qui ne pouvaient payer devenaient esclaves ou serviteurs.
Les captifs étaient variés : pêcheurs, pèlerins, marins ou voyageurs. Chrétiens, musulmans et juifs pouvaient être réduits en captivité.
La traite transsaharienne et les mondes musulmansM'hamed Oualdi insiste sur le fait qu’il ne faut pas parler d’une seule « traite islamique », mais de plusieurs traites liées aux mondes musulmans. Du VIIIe au XIXe siècle, des routes commerciales traversaient le Sahara, la Méditerranée, le Caucase ou encore l’Afrique de l’Est. Ces traites concernaient des populations très diverses et reposaient sur des réseaux complexes de marchands et de caravanes.
L’historien privilégie le terme de « traite transsaharienne », car il désigne un espace géographique plutôt qu’une religion. Il rappelle que l’islam reconnaissait juridiquement l’esclavage, comme les autres religions monothéistes, tout en encourageant l’affranchissement des esclaves. En théorie, un musulman ne devait pas être réduit en esclavage, mais dans les faits cette règle fut souvent contournée.
Les estimations du nombre de déportés restent imprécises : les historiens évoquent entre 12 et 17 millions de personnes sur le temps long. Contrairement à la traite transatlantique, les archives sont moins nombreuses et les chiffres plus difficiles à établir.
Mémoire, racisme et héritages contemporainsL’entretien aborde enfin les mémoires douloureuses laissées par cette histoire. M'hamed Oualdi estime que les sociétés maghrébines parlent encore trop peu de l’esclavage et de la négrophobie. Même si des romans, des recherches et des expositions existent, cette histoire reste peu enseignée au grand public.
L’historien critique notamment le livre Le Génocide voilé de Tidiane N'Diaye, qu’il juge insuffisamment fondé scientifiquement et trop simplificateur. Selon lui, il ne faut pas opposer traite transatlantique et traite transsaharienne, mais étudier les deux phénomènes dans toute leur complexité.
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L'exposition « Esclaves en Méditerranée, XVIIe-XVIIIe siècles » est à découvrir à l'Institut du monde arabe à Paris jusqu'au 19 juillet 2026. Entrée gratuite.