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Créer en langues africaines: la littérature en kiswahili [4/4]

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Au Kenya, le kiswahili est désigné par la Constitution comme langue nationale. Il unifie les plus de 40 communautés du pays et il est enseigné à l’école. C’est donc naturellement qu’une littérature en kiswahili s’est constituée et enrichie dans le pays ces dernières décennies, même si les difficultés du secteur de l’édition limitent encore son développement.

De notre correspondante à Nairobi,

Chez Nuria, librairie du centre-ville de Nairobi, une section est dédiée à la littérature en kiswahili. Viviane Taura, libraire, présente quelques auteurs kényans : « Le premier est Kithaka wa Mberia. Il a écrit plusieurs ouvrages qui sont vraiment très captivants, comme Kifo Kisimani ou encore Doa… On trouve aussi Ken Walibora et son roman Kufa Kuzikana. Nous avons plein de livres ici ! »

Malgré la compétition très forte avec les ouvrages en anglais, cette littérature trouve preneur. « Nous voyons principalement des parents qui viennent en acheter pour leurs enfants, poursuit la libraire, parce qu’ils veulent qu’ils se familiarisent avec des nouvelles en kiswahili. »

Le genre connaît un essor marqué au Kenya depuis plusieurs décennies. « Il fut un temps, au début des années 1990, où les écrivains tanzaniens dominaient la scène, y compris au Kenya, explique Mwenda Mbatiah, professeur de littérature en kiswahili à l’université de Nairobi. Mais cela a changé. Les Kényans s’imposent désormais sur la scène littéraire kiswahili au Kenya. Cela s’explique en partie par la demande croissante de littérature en kiswahili dans notre système éducatif. »

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Des publications qui ciblent le marché scolaire

Mais ce succès a son revers. « Nous avons des maisons d’édition prêtes à publier des ouvrages en kiswahili. Le seul problème, c’est qu’elles ciblent principalement le marché scolaire, regrette Mwenda Mbatiah. Mon inquiétude est que la lecture en swahili reste confinée au système éducatif. Il serait plus utile que le kiswahili puisse attirer des lecteurs au-delà. C’est ainsi que nous pourrons encourager les écrivains à être créatifs et innovants. »

Selon lui, cette dépendance tend à orienter les thèmes abordés afin de répondre aux exigences des programmes scolaires. Pour autant, le professeur, lui-même auteur, ne s’inquiète pas pour l’avenir. « Il n’y a pas de pénurie d’écrivains en kiswahili, rassure-t-il. Des livres en kiswahili continueront à être écrits. D’ailleurs, la tradition orale de la littérature kiswahili est toujours vivante : des récits sont racontés, des poèmes sont déclamés à la radio et à la télévision. Et cela est très important pour le développement de la littérature. »

La production en kiswahili se retrouve aussi parfois au théâtre : Kifo Kisimani de Kithaka wa Mberia a ainsi été rejouée en août 2025. Publiée en 2001, à la fin du régime autoritaire de Daniel arap Moi, la pièce met en scène, dans un royaume fictif, un jeune homme arrêté et torturé pour avoir défié un pouvoir oppressif.

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