Ceux qui ne sont rien : rencontre avec Élodie Dupau, traductrice du livre de Patrícia Melo
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Élodie Dupau est traductrice littéraire de poésies, romans, nouvelles, contes, albums jeunesse et essais, tous écrits par des auteurs portugais ou brésiliens. J’ai souhaité discuter avec elle de son travail sur le livre de Patrícia Melo : Ceux qui ne sont rien, paru aux éditions Buchet-Chastel.
Dans cet entretien, Élodie Dupau nous révèle les obstacles et les défis rencontrés lors de la traduction d’un tel monument. Elle nous fait, entre autres surprises, découvrir une crypto-langue, une langue secrète employée par les personnes transgenres au Brésil : le Bajubá.
Elle lit également cinq extraits tirés du livre Ceux qui ne sont rien (pages 98 ; 103 ; 111 ; 170 et 384).
Ce livre de l’autrice brésilienne Patrícia Melo a été comparé aux Misérables de Victor Hugo par son ampleur et par sa description quasi sociologique des gens contraints de vivre “à la rue”, à même la rue. C’est un livre passionnant rythmé par la musique brésilienne et les péripéties d’une galerie de personnages hauts en couleur et très attachants.
Bonne lecture !
Sélection de chansons citées dans le livre
- Taki Taki, DJ Snake en featuring avec Selena Gomez, Cardi B et Ozuna
- Brado de Xangô, Tião Casemiro
- Skunk, Matuê
- Mãe, Emicida
- Jorge da Capadócia, Caetano Veloso, Jorge Ben Jor (court extrait dans ce podcast)
- Deixa a vida me levar, Zeca Pagodinho
- Um beijo, MC Xuxú (court extrait dans ce podcast)
- Ain’t Got No, I Got Life, Nina Simone (court extrait dans ce podcast)
Autres livres évoqués lors de la discussion
- Celles qu’on tue, Patrícia Melo
- Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente, Caio Fernando Abreu
- Contos novos, Mário de Andrade
Un dernier extrait pour vous donner envie de lire le livre
« Est-ce que je dois faire demi tour ? se demanda-t-il en tournant de nouveau à gauche, dans une ruelle avec davantage de commerces, tous fermés. « A vendre », « Bail à céder », « A louer », disaient les pancartes sur les façades. Il dut passer deux autres gros pâtés d'immeubles avant de voir de la lumière chez un coiffeur, dont la porte était entrouverte. Il entra essoufflé, sans même savoir ce qu'il disait, le garçon qui le reçut en resta pétrifié, croyant à un braquage, et Chilves ne savait pas quoi faire, il criait au secours, devant le tableau qui affichait au mur le menu des coupes de cheveux : dégradé, surfeur, aérodynamique, pagodeiro, militaire, mulet-tressé, et soudain entra dans le salon, venu de l'arrière-boutique, un monsieur âgé, alarmé par les cris, « Jéssica va avoir le bébé », criait Chilves, « le bébé va naître », et l'homme, selon ce qu'il passa le reste de sa vie à raconter à ses amis et clients, comprit « tout de suite que c'était pas un tour de voyou ni un braquage », prit calmement une serviette, un rasoir de barbier et son téléphone portable, puis suivit Chilves, aussi vite que son age le lui permettait, tournant à droite et à gauche, tout en essayant de joindre les secours par téléphone. »
Ceux qui ne sont rien, Patrícia Melo
Extrait p. 329
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