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Au Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse

Au Niger, logique de junte: plutôt l’uniforme que la blouse

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Le regard de Newton Ahmed Barry, porte sur la décision du général Tiani, au Niger de déchoir une médecin de sa nationalité, pour avoir usé de son droit constitutionnel. Décision incongrue, dans un pays qui en manque cruellement.

Il y a deux incongruités dans cette affaire : en premier, la criminalisation de la parole, comme un moyen assumé d’une stratégie de lutte contre le terrorisme. Dr Mariama Djibrine, dit Mayra, en fait les frais, comme une vingtaine de Nigériens avant elle. Et pour avoir osé créer, avec d’autres ressortissants de l’AES, l’Alliance des démocrates du Sahel, elle a été jugée indigne d’être nigérienne.

Ensuite, l’incongruité d’une mesure qui interroge sur l’ordre des priorités. Mayra, est un médecin. Ce dont manque cruellement le Niger. Avec ses 28 millions d’habitants, environ, le Niger compte 30 000 militaires. Soit 1 militaire pour 960 habitants. Et de l’autre côté, un médecin pour 40 000 Nigériens.

Et c’est dans ce pays-là que Dr Mayra est fait apatride. C’est vrai que nulle n’est au-dessus de la loi. Mais encore faut-il que la loi serve l’intérêt général. L’ordonnance de Tiani ne sert que Tiani. Pas les Nigériens.

On en revient à l’ordre des priorités ?

Dr Mayra soigne. Elle sauve des vies. Les militaires ont en charge la sécurité qu’ils n’arrivent pas à assurer aux Nigériens. Depuis trois ans qu’ils gouvernent, l’insécurité persiste, l’économie peine, les hôpitaux manquent de tout. Même l’aéroport, de Niamey, le seul du pays, le général Tiani peine à le sécuriser.

Le régime militaire à Niamey cherche des boucs émissaires

Il fait ce que font tous les régimes en panne de résultats. Quand on n’a pas de bilan à montrer, on montre un coupable. Le Niger n’est pas seul dans ce schéma. Au Mali, au Burkina Faso, c’est le même réflexe. Les ratios sont différents, les uniformes aussi, mais la mécanique est identique. Quand les juntes échouent à sécuriser, elles répriment. Elles déchoient, elles emprisonnent.

Chaque junte a sa boîte à outils

Au Niger, c’est la déchéance de nationalité. Au Mali, ce sont les suspensions de partis et de médias. Au Burkina, les mobilisations forcées, les enlèvements, les suppressions d’associations des étudiants, l’embastillement des Imams. Des outils différents, pour le même objectif : masquer l’incompétence par la répression.

Mais la répression ne soigne pas. Un décret qui fait perdre un médecin à un pays qui en manque, aggrave le ratio médecin/ population. Ce décret est aussi nocif que les effets du trouble à l’ordre public qu’il est supposé corriger. Le remède est pire que le mal. Au Niger on a 1 médecin pour 40 000 habitants. Idéalement, selon l’OMS, c’est un médecin pour 1 000 habitants. On mesure le gap qui rend encore plus absurde le décret de Tiani.

Et c’est là que le ratio redevient politique

Mayra, nigérienne, aurait surement contribué à réduire la mortalité infantile qui est encore à 61 décès pour 1 000 naissances au Niger. Elle aurait sensibilisé les femmes qui ont 5,6 enfants en moyenne, sur la sexualité responsable. Elle aurait contribué à tenir debout un système de santé sur les rotules. Le décret de Tiani donne la préférence à l’uniforme au détriment de la blouse.

Un régime qui déchoit ses médecins avoue une chose : il n’a plus rien à offrir à son peuple. Pour rester dans le temps du mondial de foot, sur la bourse du mercato. Disons que Tiani est un poids et Dr Mayra, une pépite. Le Niger devrait faire, comme toutes les équipes qui veulent gagner. Préférer la pépite au poids.

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