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À Gaza, des journalistes emprisonnés et torturés par Israël

À Gaza, des journalistes emprisonnés et torturés par Israël

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Les mauvais traitements infligés la semaine dernière par les forces israéliennes aux membres d'une flottille apportant de l'aide humanitaire à Gaza avaient suscité de vives réactions internationales. En France, le ministre des Affaires étrangères a annoncé, hier, avoir saisi la justice à ce sujet. Organisations de défense des droits de l'homme et Nations unies ont aussi documenté les exactions - détentions arbitraires, actes de torture - subis par les détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Y compris des journalistes. Et pour l'organisation Reporters sans frontières, leur métier les a même encore plus exposés aux abus.

Diaa al-Kahlout était le directeur de l'antenne gazaouie d'un journal panarabe qatarien: Al-Araby al-Jadeed. En décembre 2023, il est arrêté par l'armée israélienne à Beit Lahia, dans le nord de l'enclave palestinienne.« Lorsqu’ils m’ont arrêté, j’ai indiqué tout de suite que j'étais journaliste, je leur ai donné ma carte de presse palestinienne, le soldat l’a cassée et ils ont ri de moi. Après cinq minutes de protestations de ma part ils m’ont collé un scotch sur la bouche pour me faire taire ».

« un enfer sans nom »

En droit international, les journalistes doivent faire l'objet d'une protection particulière. Reporters sans frontières a enquêté sur les arrestations à Gaza de cinq d'entre eux. Tous ont signifié aux forces israéliennes leur profession... sans que cela ne leur apporte aucune protection, indique Jonathan Dagher. Il est le responsable du bureau Moyen-Orient de l'organisation. « On voit que cette information n'a pas du tout mené à leur libération. Au contraire, parfois, les mauvais traitements voire les actes de torture se sont aggravés à la suite ».

Diaa al-Kahlout a passé 33 jours dans les prisons israéliennes. Parmi les cas documentés par Reporters sans frontières, d'autres ont été détenus pendant un an et demi, voire près de deux ans. Tous, comme Diaa al-Kahlout, ont été victimes d'actes inhumains répétés. « J’ai subi des traitements dégradants, des traitements qui touchent à la dignité humaine. J’ai été torturé quotidiennement, on l'a tous été. On nous faisait assoir toute la journée. On ne dormait que 3h30 à peu près, et ce n'était pas un sommeil naturel, on ne dormait pas dans un lit mais sur le bêton… On nous bandait les yeux toute la journée, on nous attachait les mains dans le dos avec des menottes en métal. C'était un enfer sans nom », raconte-t-il.

« Le journalisme subit une attaque sans précédent »

Ces traitements ne sont pas spécifiques aux journalistes. Mais les professionnels de l'information ont aussi été soumis à des interrogatoires « extrêmement violents », selon RSF. Des conditions de détention sur lesquelles Israël a mis ce que l'organisation appelle « un vernis légal ». « Je pense notamment à cette loi sur les combattants illégaux qui a été révisée après le 7 octobre 2023 et qui s'applique à tous ceux qui ont été capturés et détenus à Gaza. C'est-à-dire les civils, les combattants parfois et les journalistes. Donc il y a des bases légales mais au final, elles vont à l'encontre du droit international, de toutes les provisions qui doivent protéger les journalistes », explique Jonathan Dagher.

Après leur libération, aucun des cinq journalistes cités par Reporters sans frontières n'a été en capacité de reprendre son travail. Séquelles physiques, psychologiques, matériel détruit, intimidation avant leur sortie de prison. À Gaza, où au moins 220 journalistes ont aussi été tués depuis le 7 octobre 2023 selon RSF, « le journalisme subit une attaque sans précédent » juge Jonathan Dagher.

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