À Avignon, le théâtre donne asile aux fous (et à ceux qui les soignent)
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Aux Roseaux Teinturiers pendant le festival d’Avignon, À la folie, adaptation du livre éponyme de Joy Sorman par Caroline Loeb, raconte les vies qui peuplent un endroit singulier : l’hôpital psychiatrique.
Ils ne sont que quatre, mais ils incarnent toute une myriade de personnages, passant d’un rôle à l’autre en changeant de costume, d’accessoire, de voix, de manière de parler et de bouger… Qu’ils soient patients, soignants ou autres membres du personnel hospitalier, chacun d’entre eux partage cette humanité vraie qui respire la vie.
Sensibilité teintée d’humour et parfois de poésieAvec une sensibilité teintée d’humour et parfois de poésie, Caroline Loeb -actrice mais aussi metteuse en scène de ce spectacle- adapte le livre de Joy Sorman À la folie (Flammarion, 2024). Elle a aussi façonné d’autres personnages, comme Valentin, largement inspiré de conversations avec son frère schizophrène, parfois capable de fulgurances à couper le souffle, ou avec d’autres de ses proches. Tous sont dotés d’un vécu consistant, souvent marqués par des traumatismes, des violences et parfois même une grande misère sociale. Et l’on se rend compte à quel point est mince la frontière qui nous sépare de la folie : la maladie mentale peut frapper n’importe qui.
SolitudeSur la scène volontairement dépouillée -une table, quelques chaises et au fond un distributeur de boissons et friandises- se croisent les diverses fragilités qui rapprochent ceux qui travaillent et ceux qui sont internés dans un hôpital psychiatrique. À commencer par la solitude. Tous sont cabossés par l’existence. Aux souffrances des malades, répond l’usure des soignants, submergés par l’ampleur de la tâche, les injonctions administratives plus ou moins absurdes, et parfois leur incapacité à agir avec l’efficacité requise.
Regard critiqueSi le spectacle évite tout jugement sur les personnes, il n’en est pas moins engagé, et porte un regard critique sur la prise en charge de la maladie mentale en France. Il est bien fini l’« âge d’or » de la psychiatrie, qu’Adrienne -une des personnages- situe dans les années 1960-1990 ! En cause le manque de moyens – à commencer par les fermetures de lits, même si la santé mentale était « grande cause nationale » en 2025, mais aussi, selon Caroline Loeb, une foi excessive dans les traitements médicamenteux : en témoigne la chanson Chemical Valley qui clôt la représentation, et dont le clip est disponible en ligne.
À la folie, d’après le livre de Joy Sorman (Flammarion), adaptation et mise en scène de Caroline Loeb, avec Caroline Loeb, Mourad Boudaoud, Gigi Ledron et Claire Nebout, aux Roseaux Teinturiers jusqu’au 25 juillet 2026 (festival d’Avignon Off).