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«Objection», un tribunal IA des médias et un danger pour le journalisme d'investigation

«Objection», un tribunal IA des médias et un danger pour le journalisme d'investigation

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Aux États-Unis, il existe désormais une start-up qui propose aux citoyens de contester des articles de presse qu'ils estiment faux, ou diffamatoires. Pas de tribunal ni d'avocat : le seul juge est l'Intelligence artificielle, qui statue à partir de ses recherches sur le web sur la fiabilité d’une information journalistique. Derrière des airs de « fact-checking », elle est une arme dangereuse contre le journalisme d'investigation.

« Des journalistes qui ruinent votre réputation...? Pour riposter... voici Objection ». Cette vidéo a des airs de bande annonce de blockbuster américain, mais elle présente la nouvelle start-up américaine de Aron D'Souza : Objection. Une plateforme en ligne qui permet aux individus de contester des affirmations dans les médias via un « tribunal IA ». En clair, des enquêteurs vont faire des recherches puis les fournir à une intelligence artificielle qui devra déterminer qui, du journaliste ou de la personne qui l'attaque, dit vrai.

Une IA donc, présentée comme capable d’évaluer la fiabilité d’une information. Pour Lucas Segal, avocat en droit du numérique, ce système n'a aucune valeur juridique ou officielle : « Cet outil n'a aucune autorité judiciaire, c'est un outil lancé par un organisme privé. C'est la Constitution des États-Unis qui organise le pouvoir judiciaire et c'est elle qui désigne quelles sont les autorités qui peuvent dire le droit.

C'est susceptible d'être dangereux à partir du moment où ça va prendre de la légitimité. Si demain, les citoyens commencent à avoir plus de (foi) dans cet outil-là et dans son score d'honorabilité... que dans une éventuelle décision de justice, ... ça peut devenir dangereux, parce que ça va pouvoir décrédibiliser les médias... »

Son fondateur veut remplacer la justice et les avocats, bien plus chers que les services d'Objection, qui demandent 2 000 dollars, soit environ 1700 euros, pour évaluer la fiabilité d’une information... Pas besoin d'être l'individu concerné dans l'article pour saisir cette justice alternative.

Les médias dans le collimateur

Son fondateur, un entrepreneur et juriste américain, est proche des cercles de la tech conservatrice américaine et il profite du financement du millardaire américain Peter Thiel, connu pour son hostilité à l'égard des médias traditionnels. Les médias sont d'ailleurs la principale cible de la start up, surtout lorsqu'ils critiquent les grands groupes de la Sillicon Valley, et les puissants.

Nicholas Dawes, chroniqueur et consultant en médias aux États-Unis, s'inquiète de cette menace pour le journalisme d'investigation. « Nous sommes dans une situation où il est très facile de s'en prendre à un journaliste ou à un média si l'on n'apprécie pas ce qu'ils ont écrit à propos de soi ou de son entreprise. Et je pense que ce qu''Objection IA' tente de faire, c'est de mettre en place une structure officielle pour permettre cela. S'ils y parviennent – et c'est là toute la question –, cela pourrait encourager davantage les attaques de mauvaise foi contre le journalisme de qualité. En tant que journalistes, nous devons refuser de coopérer, et ne leur accorder absolument aucune crédibilité. »

La start-up se dit tribunal, elle en utilise les méthodes et le vocabulaire : numéros de dossiers, preuves et jugement. Sauf que ce « tribunal de la vérité » se moque de la loi, de la déontologie. Et considère qu'un article sans source clairement indentifiable est un article qui ment... C'est pourtant grâce à des sources anonymes et protégées que certains des plus gros scandales ont vu le jour.

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