«Issa» de Mirianne Mahn, des racines et des ailes entre Cameroun et Allemagne
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À travers cinq générations de femmes noires, la primo-romancière brosse une saga familiale qui raconte le poids de la colonisation et l’héritage complexe porté par la diaspora.
Tout récemment, Mirrianne Mahn était encore conseillère municipale de Francfort en Allemagne, engagée contre les discriminations au sein des Verts. Nul doute que ce premier roman a été en partie nourri par sa propre expérience : comme Issa, son héroïne et narratrice, elle est née d’une mère camerounaise et d’un père allemand. Mais il ne s’agit pas pour autant d’une autobiographie.
C’est à Buéa, près de Douala, la grande ville du sud-ouest du Cameroun, que l’autrice a situé l’essentiel de son récit. Une ville bouillonnante d’activité dans laquelle Issa a grandi, avant de quitter le pays pour les berges de la rivière du Main. Lorsque commence le récit, cela fait dix ans que la jeune femme, enceinte pour la première fois, n’est pas revenue au pays de ses ancêtres. C’est dire si, au fond d’elle-même, elle se sent plus allemande que camerounaise ; en témoignent la plupart de ses convictions vis-à-vis de certaines traditions comme la polygamie, l’excision ou encore les pratiques du vaudou, même si elle a accepté – sur les conseils de sa mère – d’accomplir les rituels liés à la future naissance.
Trop blanche à Buéa, trop noire à FrancfortIssa se sent pourtant chez elle lorsqu’elle retrouve ses deux grands-mères dans la confortable demeure familiale. Mais en réalité, elle n’est tout à fait chez elle nulle part : ni à Francfort, où elle a dû affronter le racisme et les critiques sur sa peau jugée trop foncée et ses cheveux crépus ; ni à Buéa, où ses interlocuteurs la regardent comme si elle était au contraire trop blanche et trop européenne.
Buéa, c’est aussi l’ancienne capitale du Cameroun allemand dans les années 1900-1914. Et les ancêtres d’Issa sont directement issus de cette période coloniale : son arrière-grand-mère est la fille illégitime d’une servante bakwerie et d’un colon allemand. En remontant à ces années-là, Mirianne Mahn raconte la violence de la colonisation, entre viols, massacres et politique de la terre brûlée.
Cinq générations de femmesAu-delà des soubresauts politiques qui ont agité pendant plus d’un siècle cette région du Cameroun, le grand intérêt du roman est aussi de découvrir les destins de cinq générations de femmes qui, peu à peu, conquièrent davantage d’indépendance dans une société largement patriarcale. Un appétit de liberté qui fait partie lui aussi d’un héritage familial dont l’héroïne est loin d’avoir fait le tour.
Issa fait partie des ouvrages mis à l’honneur dans le cadre de l’opération « D’ailleurs et d’ici », à travers laquelle quatre éditeurs français – Albin Michel, Gallimard, Grasset et Stock – s’efforcent de faire émerger de nouvelles voix de la littérature étrangère traduite en langue française.
► Issa, de Mirrianne Mahn, traduit de l’allemand par Rose Labourie (Stock).