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Ouganda: quand l'armée fait taire les médias

Ouganda: quand l'armée fait taire les médias

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Des soldats déployés dans les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda, des télévisions et des radios réduites au silence, un chef de l'armée qui revendique publiquement cette fermeture, autant de scènes inédites dans l'histoire récente de l'Ouganda. Près d'un mois après le passage en force des autorités à l'encontre des médias, Reporters sans frontières estime qu'« un seuil a été franchi ». Derrière cette démonstration de force, c'est tout le climat dans lequel travaillent aujourd'hui les journalistes ougandais qui se retrouve bouleversé.

« Je ne crois pas à la liberté de la presse ! » : C'est par ce message publié sur les réseaux sociaux que le chef de l'armée ougandaise, le général Muhoozi Kainerugaba, également fils du président Yoweri Museveni, annonce puis revendique fin juin la fermeture du principal groupe de presse indépendant du pays, le Nation Media Group.

Quelques heures plus tard, des soldats investissent les locaux du Daily Monitor et de NTV Uganda à Kampala. L'électricité est coupée. Les émissions de télévision et de radio sont interrompues.

Pour Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer Afrique subsaharienne à Reporters sans frontières, « un seuil a été franchi » : « Cela fait quand même plusieurs années que des journalistes sont régulièrement attaqués, agressés, empêchés de couvrir certains événements. Mais là, ce qui change en fait aujourd'hui, c'est surtout le niveau d'assumation, le fait que le chef de l'armée revendique publiquement une fermeture de médias, c'est assez inédit ».

Les conséquences sont immédiates. Environ 700 salariés se retrouvent au chômage du jour au lendemain. Sur X, Muhoozi Kainerugaba se vante d'avoir fait perdre cinq millions de dollars par jour au groupe.

Fondé en 1992, le quotidien Daily Monitor s'est imposé comme l'une des principales voix indépendantes du paysage médiatique ougandais. Régulièrement critique à l'égard du pouvoir, il avait déjà été suspendu pendant 13 jours en 2013, après la publication d'un article évoquant un projet présumé de succession de Muhoozi Kainerugaba à son père, Yoweri Museveni. Cette nouvelle fermeture s'inscrit donc dans une relation de longue date, souvent conflictuelle, entre le quotidien et les autorités.

Pourquoi le pouvoir s'en est-il pris à Nation Media Group ?

Officiellement, aucune raison n'a été avancée. Mais dans les semaines précédant cette fermeture, le Daily Monitor et NTV Uganda avaient publié plusieurs enquêtes sur les arrestations d'opposants, d'avocats et de défenseurs des droits humains, dans lesquelles le général Muhoozi Kainerugaba était directement mis en cause. D'autres articles consacrés à la famille présidentielle auraient également irrité les autorités ougandaises.

Pour les autres rédactions du pays, l'effet est immédiat. Pour les autres journalistes qui continuent d'exercer, « c'est un peu la douche froide, ça incite forcément à une autocensure qui est déjà présente : dans les sujets traités, notamment la politique et la famille du président. Et en fait, là, ça se concrétise, ça s'observe dans les faits et ça ajoute une forme d'autocensure aux journalistes qui prennent de plus en plus de pincettes, en tout cas dans leurs médias », explique Jeanne Lagarde.

Cette prudence semble désormais dépasser les seules rédactions. Sans commenter le fond de cette affaire, le commissaire aux droits humains Crispin Kaheru préfère rappeler les responsabilités des médias. « Les médias sont tenus d'informer avec exactitude, équité, professionnalisme et dans le respect de l'éthique, et d'éviter tout contenu qui constituerait une incitation à la violence, à la haine ou à la discrimination ».

Depuis cette fermeture, plusieurs journalistes du Nation Media Group sollicités par RFI ont préféré ne pas répondre à nos sollicitations. En coulisses, des discussions sont en cours avec les autorités pour tenter d'obtenir la reprise des activités.

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