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Albanie: le rejet du tout tourisme avec la «révolution des flamants roses»

Albanie: le rejet du tout tourisme avec la «révolution des flamants roses»

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En Albanie, le pays est secoué depuis presque un mois par la « révolution des flamants roses », un mouvement de contestation né avec le rejet d’un vaste complexe touristique dans une zone naturelle protégée du pays, un projet associé à la famille Trump. Alors que les autorités misent beaucoup sur le développement du tourisme de luxe et multiplient ce genre d’investissements, les manifestants remettent en cause cette stratégie de développement. Ils lui reprochent de détruire les espaces naturels et d'accentuer les fractures sociales.

Le reportage à Zvërnec et à Tirana.

De notre correspondant à Tirana,

Un flamant rose en carton à la main, Edi est venue manifester sur la plage sauvage de Dalan, dans la zone protégée de Vjosa-Narta, au sud-ouest de l’Albanie. Cette étudiante de 19 ans s’inquiète de voir les dunes, la forêt de pins et la lagune être transformées en un complexe touristique de plus de 10 000 lits : « Il faut que le peuple et la jeunesse se soulèvent ! Les oligarques ne font que voler et détruire ce qui nous appartient. On n’a pas besoin d’une nouvelle station balnéaire : il y en a déjà plein ! Cette terre appartient à tous les Albanais et à la nature. Il nous faut une révolution ! »

Depuis quelques années, ces projets immobiliers à plusieurs millions d’euros se multiplient sur l’ensemble de la côte et même au cœur des montagnes albanaises. Ils sont le moteur de la politique de développement par le tourisme du Premier ministre socialiste, Edi Rama, au pouvoir depuis 2013. Mais pour les milliers d’Albanais qui manifestent chaque soir depuis bientôt un mois, ces constructions symbolisent avant tout un système dont ils se sentent exclus.

La défense des flamants roses est devenue le point de ralliement d’une contestation plus large, contre la corruption et l’accaparement des terres. « Est-ce qu’on peut faire des vacances dans ces complexes hôteliers luxueux avec une retraite de 120€ ? C’est impossible avec le niveau actuel des salaires et des retraites. Et on nous dit que ces projets vont apporter du développement ? Mais de quel développement on parle quand ces hôtels font venir des travailleurs d’Inde, du Bangladesh ou des Philippines qui sont payés 400 ou 500€ ? Ça m’apporte du développement, ça ? », réagit Erdin, âgé de 32 ans.

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« On a des milliardaires qui ne savent plus quoi faire de leur argent »

Derrière cette contestation, inédite depuis la fin de la dictature communiste, les manifestants dénoncent des choix politiques qui ne profiteraient qu’à une petite élite économique. En 2024, les autorités ont modifié la loi sur les zones protégées et ouvert la voie à l’urbanisation des espaces naturels les plus sensibles.

Majlinda Hoxha est directrice de l’ONG Network Albania, spécialisée dans la défense de l’environnement et des droits humains : « Seuls les investisseurs tirent des profits de ces constructions. Tous ces projets, qui sont développés en tant que "projets stratégiques", n’apportent pas un développement sain à l’Albanie. Avec cette loi et l’arrivée de ces "investisseurs stratégiques", sans aucune transparence, sans savoir qui se cache vraiment derrière ces investissements, cela a créé un profond déséquilibre dans la société albanaise. On a des milliardaires qui ne savent plus quoi faire de leur argent, et des très pauvres qui peinent à joindre les deux bouts. »

Ces derniers mois, le SPAK, le parquet anticorruption albanais, a multiplié les enquêtes sur plusieurs de ces projets touristiques soupçonnés d’être liés à des opérations de blanchiment d'argent. Parmi eux, celui de Zvërnec, à l'origine de la mobilisation.

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