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Canicules: l'ombre sera-t-elle demain un service public local?

Canicules: l'ombre sera-t-elle demain un service public local?

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L’été n’a que quatre jours mais une partie de l’Europe de l’Ouest reste plongée dans la torpeur d’un deuxième plateau de chaleur en un mois. Pour les villes, le chantier en matière d’adaptation au réchauffement est titanesque. Pour des raisons de santé publique comme pour l’accès à l’espace public, l’ombre est une denrée recherchée, acquiert de la valeur et se pose la question de sa disponibilité et de son partage équitable. L’ombre est une alliée fidèle et pourtant mal-aimée : lorsqu’on envoie un homme à l’ombre, c’est qu’il part au cachot. Peut-être parce que lui-même, avant, représentait un danger tapi dans l’ombre. Elle est parfois ambivalente : certains ambitieux rongent leurs freins à l’ombre d’un chef, quand d’autres y ont trouvé leur destin. Mais quand, dans la rue, le soleil cogne sur nos crânes, l’espace obscur qui se dessine là, quelques mètres devant nous, devient un refuge. Lorsque l’ami, ou le bus, est en retard et qu’il fait 40°C, l’attendre à l’ombre d’un platane ou d’un margousier est tout de suite plus supportable. « Dans les villes africaines, de Kinshasa à Khartoum, c’est plus que bienvenu : c’est essentiel », insiste l’architecte écosso-ghanéenne Lesley Lokko, autrice d’un article sur l’ombre comme « ressource publique ». Aujourd’hui, cet ombrage est tout aussi crucial à Malaga, en Espagne, et il le sera peut-être bientôt à Malmö, en Suède. En juillet 2025, on a mesuré jusqu’à 35°C juste en-dessous du cercle arctique, chez le voisin norvégien. Les villes françaises sont au pied du mur et développent des « plans » d'adaptation comme « Toulouse + fraîche », la ville rose du sud-ouest français. Plus de 70 départements sont en rouge cramoisi sur les cartes de Météo-France ce 25 juin. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Et les cœurs des villes, bétonnés et minéraux, se transforment en fournaise. À lire aussiClimat: pourquoi l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète L’ombre et ses valeurs Dans le contexte ombrageux du réchauffement climatique, l’ombre pourrait bien s’imposer comme l’or noir de nos trottoirs. Plus les chaleurs s’élèvent, plus elle est recherchée parce qu'elle devient « une condition de l’habitabilité de la ville », explique dans une note exploratoire inspirante l’économiste urbaniste Isabelle Baraud-Serfaty sur l’ombre, sa valeur et son partage. Valeur économique d’abord. « La question de la valeur de l’ombre peut surprendre s’agissant des espaces publics, mais elle est mesurée depuis longtemps dans le secteur agricole. » Le bétail subit de multiples chocs en cas de stress thermique : il produit beaucoup moins de lait, se reproduit moins bien, son métabolisme est malmené, jusqu’à en boîter car la vache reste debout quand elle a chaud. En ville, une terrasse de café à l’ombre pourrait, bientôt, valoir autant qu’une terrasse en plein soleil. De même, les logements « exposés Nord » tiendront peut-être leur revanche sur ceux « exposés Sud ». Enfin, le coût financier des canicules se chiffre en milliards d’euros, selon les différentes études et confère indirectement à l’ombre toujours plus de préciosité. À lire aussiLa multiplication des événements climatiques extrêmes coûtera cher à l’économie mondiale Valeur d’usage également. Elle conditionne l’accès à l’espace public, devient « essentielle » pour se déplacer ou pour y vivre sa vie sociale ou professionnelle, en préservant la santé des plus vulnérables, enfants, personnes âgées ou handicapées, sans-abris, ou des travailleurs exposés, agents techniques, de nettoyage, livreurs, etc. Cette nouvelle ressource urbaine sous-tend ainsi des enjeux majeurs d’équité sociale, un des principes fondateurs du service public, rappelle Isabelle Baraud-Serfaty. Dans certaines métropoles, américaines notamment, la cartographie des zones ombragées a pu révéler des inégalités de territoires. Los Angeles a longtemps déconseillé la plantation d’arbres pour des raisons d'ordre public. Avant d’en replanter près de 100 000 en 2019. « L’ombre est de plus en plus perçue comme un bien précieux, alors que les crises du changement climatique et des inégalités convergent », déclarait alors le maire de la métropole californienne, un État extrêmement exposé à la chaleur et aux incendies. L'exemple de l'eau Pour Isabelle Baraud-Serfaty, toutes ces raisons légitiment l’idée d’un service public local dédié à l’ombre, solution naturelle pour rafraîchir la ville : « Les services publics doivent évoluer avec les évolutions de la société, de la ville, du climat », explique-t-elle dans un entretien à RFI. Mais quelle(s) forme(s) prendrait-il ? « Il faut penser l’ombrage à l’échelle de la ville, ...
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