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Être Russe et critique du conflit en Ukraine

Être Russe et critique du conflit en Ukraine

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Les bombardements russes en Ukraine, et singulièrement sur Kiev ces derniers jours, battent des records d’intensité. Les frappes ukrainiennes, elles, deviennent de plus en plus profondes dans le territoire russe, sans perspective d’arrêt des combats. La Russie, elle, recrute partout pour l’armée, surtout pour les unités de drones, y compris dans les universités les plus prestigieuses de la capitale. Certains, et ils sont très rares, ont refusé de participer au conflit, d’autres ont fini devant la justice pour le critiquer. Leurs voix sont rares et ils savent les risques de plus en plus élevés.

C’est un message vocal qui arrive de l’intérieur d’une caserne quelque part dans l’ouest de la Russie (ndlr : pour des raisons évidentes de sécurité, RFI ne donne pas son identité) : « J'ai refusé de partir à l’opération spéciale, car pour moi, un soldat, c'est quelqu’un qui protège. Il n'y a rien d'autre à ajouter ».

Rien de plus à dire, parce qu’Igor, qui envoie ces mots au compte-gouttes, a déjà osé l’impensable pour beaucoup de Russes.

Il a 25 ans, il vient d’une ville du nord du pays où il ne trouvait pas de travail, dit-il. Alors avant la guerre, il a signé un contrat pour l’armée. Sans imaginer que quelques mois plus tard, son président déciderait d’envoyer ses soldats en Ukraine. « Je n'ai aucun ami participant à l’opération spéciale, je ne communique pas avec ceux qui sont devenus des combattants », dit Igor dans un autre message. « Je n'ai jamais gardé aucun contact, parce que nous n'étions pas d'accord sur ce point. Eux ont décidé qu'il était plus facile de partir, alors que moi, je suis resté et je me bats pour ne pas y aller »

Igor est allé jusqu’à saisir les tribunaux militaires et demander la reconnaissance officielle de la fin de son contrat expiré depuis longtemps. Il se dit soutenu par sa famille et ses amis. Reste que les proches de ceux, très rares, qui ont refusé la mobilisation en 2022 et sont en prison sont paralysés par la peur et refusent de s’exprimer.

Peine de prison de 10 ans pour désertion

La justice, elle, exécute sans fléchir les lois et les peines associées, comme 10 ans de prison pour désertion ou refus de se soumettre à la mobilisation partielle, et les procès pour discrédit de l’armée continuent à se tenir. C’est ce qui est arrivé à Vassili Bolchakov, rencontré par RFI en février 2024 lors de l’ouverture de son procès dans la ville de Kassimov, à près de 400 kilomètres au sud-est de Moscou. Ce qui a déclenché les poursuites, c’est une plaisanterie sous forme de dialogue imaginaire entre Vladimir Poutine et son ministre de la Défense d’alors, Sergueï Choïgou.

Mettre en cause la tête de l’État et la conduite des opérations militaires est une ligne rouge absolue en Russie. Les enquêteurs ont ensuite cherché et évidemment trouvé d’autres commentaires sur les réseaux sociaux, et d’autres lignes rouges franchies par Vassili Bolchakov. Il a été jugé coupable de tous les chefs d’accusation et condamné à une amende de 250 000 roubles (environ 3 000 euros au cours actuel).

Aujourd’hui, ce trentenaire père de quatre enfants a déménagé dans la ville voisine de Riazan, pour motif professionnel, dit-il. Assis dans un café, dans un mélange de russe et d'anglais, il estime avoir eu énormément de chance d’avoir écopé juste d’une amende. Il ne répétera en aucun cas les mots qui lui ont été reprochés par la justice, il pèse désormais beaucoup plus ses propos, mais il n’est clairement pas rentré dans le rang. Pour lui : « Les gens qui m’ont fait tout ça l’ont fait en toute conscience, et ils devront vivre avec ça. Chacun devra y faire face un jour ou l’autre. Mais je n'essaierais même pas de dire quand et de quelle manière les choses pourraient changer. Parce que tout peut encore devenir pire ».

Au début du mois de mai, la Cour suprême a rendu publiques ces statistiques : en deux ans, les condamnations pour trahison ont augmenté de 460 %. La plupart des avocats spécialisés estiment que ce chiffre atteint en réalité… le double.

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