Sénégal: il y a 60 ans, se tenait le premier Festival mondial des arts nègres à Dakar
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概要
Il y a 60 ans s’ouvrait le premier Festival mondial des arts nègres à Dakar, un mois de fête autour des cultures noires, de l’Afrique et de la diaspora, avec des troupes des Antilles, des artistes comme Joséphine Baker et Duke Ellington. Un festival créé à un moment charnière dans l'histoire culturelle du continent, à l'heure des indépendances, l'Afrique revendiquait ses racines et affirmait sa fierté.
De notre correspondante à Dakar,
C'est au théâtre Sorano, monument de la culture sénégalaise, créé pour le Festival mondial des arts nègres, que nous retrouvons le metteur en scène Seyba Traoré. En 1966, il était adolescent et vivait à Dakar. Il se souvient avec clarté du festival. Sa famille n'était pas pro-Senghor, le président sénégalais à l'origine du festival, mais ce fut un moment d'unité, de trêve. Les spectacles étaient partout. « J'ai vu beaucoup de spectacles dans la rue. Le souvenir que je retiens, c'est le passage de la troupe du Nigeria qui était, je crois, l'invité d'honneur. C'était quelque chose de fabuleux, de grands danseurs très très très beaux, se rappelle le metteur en scène. Tu es en contact direct avec les artistes. C'était quand même quelque chose. C'était un peu, pour nous, le festival de Rio. »
Seyba Traoré a aussi assisté à des pièces de théâtre. « Ce qui a représenté le Sénégal, c'est une réalisation grandiose, Les derniers jours de Lat Dior, il y avait une figuration énorme, les cavaliers de la gendarmerie, les officiers de l'armée... »
Une représentation qui le marque profondément : « On sortait d'une époque où, quand j'étais à l'école primaire, on nous apprenait que nous n'avions pas de roi, nous n'avions pas d'histoire, que nos roitelets, c'étaient des petits bonhommes et nos références, c'étaient les grands rois de France, déplore-t-il. Et voir Lat Dior majestueux, c'était quand même quelque chose de fantastique qui nous réconciliait un peu avec nous-mêmes. »
« Un fort mouvement de retour à soi »Le festival a contribué à forger la vocation de metteur en scène de Seyba Traoré. Musicalement, c'est aussi un moment charnière. Les artistes se distancent du jazz pour revendiquer leurs racines africaines, comme l'explique Ibrahima Wane, professeur de littératures et civilisations africaines et auteur d'un ouvrage sur le festival : « Beaucoup d'entre eux avaient des noms qui sonnaient européens ou américains. Ils se sont mis à se trouver des noms puisés dans leur propre langue wolof, mandingue, peule et à puiser dans les répertoires qui relèvent du patrimoine, décrit le professeur. Donc ça a été un fort mouvement de retour à soi. »
Cet héritage est durable, selon Ibrahima Wane : « C'est cette tendance qui va aboutir à ce qu'on va appeler, quelques années plus tard, le mbalax. Au plan institutionnel, c'est au lendemain du festival que le ministère des Affaires culturelles va être créé au Sénégal. Les centres culturels africains vont être créés dans ce même sillage. »
Seyba Traoré regrette, lui, que cette cohésion et cet élan collectif n'aient pas davantage fait école. 60 ans après, ils restent, à ses yeux, inachevés.
À écouter dans La Marche du monde«Noire est notre cause»: le festival de Dakar 66 ou la négritude épanouie (3)