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Au Cameroun, le grand flou autour de la production d'or

Au Cameroun, le grand flou autour de la production d'or

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Alors que le cours de l’or atteint des sommets, le Cameroun peine à tirer profit de sa production aurifère. Le dernier rapport de l’ITIE révèle un écart spectaculaire entre les exportations officiellement déclarées et les chiffres avancés par les pays importateurs, mettant en lumière une filière minière largement opaque.

22,3 kilos d’or exportés en 2023 : c’est le chiffre communiqué par l’administration camerounaise et repris dans le dernier rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Un volume dérisoire comparé aux données du principal pays importateur, les Émirats arabes unis, qui affirment avoir acheté près de 15 tonnes d’or camerounais sur la même période. Un écart qui soulève de sérieuses interrogations sur la production réelle du pays.

Pour Marc Ummel, responsable Matières premières au sein de l’ONG Swissaid, plusieurs explications se superposent. « Il peut y avoir eu une augmentation de la production d’or au Cameroun. Mais on sait aussi, et cela a été documenté, qu’une partie de l’or de Centrafrique transite en contrebande par l’est du Cameroun avant d’être réexportée vers les Émirats arabes unis. »

La production officiellement déclarée reste extrêmement faible. « Une grande partie de l’or n’est pas déclarée. Il y a beaucoup de production illégale et un écart très important lié à la contrebande », souligne Marc Ummel.

De l'or qui s'échappe très rapidement

S'exprimant sur ce décalage, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry reconnaît les limites de l’appareil étatique. Il estime que la société nationale des mines, la Sonamines, ne dispose pas des moyens « financiers et technologiques » nécessaires pour assurer un suivi efficace de la production aurifère.

Ce manque de structuration de la filière aurifère est dénoncé notamment par le chercheur Bareja Youmssi, expert en mines et pétrole à l'université de Bamenda, qui pointe une filière mal structurée. « Notre compagnie nationale minière intervient uniquement en aval, au niveau de la collecte et de la commercialisation. Mais qui s’occupe de l’exploitation ? C’est là que l’or nous échappe. Avec une réelle volonté politique, le Cameroun pourrait produire jusqu’à 20 tonnes d’or par an. », estime-t-il.

Extrait en grande partie dans l’est du pays, l’or camerounais transite de collecteur en collecteur avant d’être acheminé vers Yaoundé ou Douala. Il est ensuite vendu à des bureaux d’achat et à des sociétés de trading souvent opaques, avant d’être exporté, principalement vers les Émirats arabes unis. « L’or est transporté par des personnes, en bagage à main, jusqu’aux Émirats arabes unis. Une partie est aussi passée par l’Ouganda en 2024 avant d’y être exportée, explique Marc Ummel, il y a un phénomène de contrebande extrêmement important. Il y a vraiment un besoin ou une nécessité que les autorités s'engagent pour lutter contre ce fléau de la contrebande et que cet or soit déclaré pour que l'État en profite ».

Selon l’ITIE, ces dysfonctionnements auraient entraîné des pertes estimées à 1,8 milliard de francs CFA pour la Sonamines sur la seule année 2023. Face à cette situation, le directeur général de la société d’État a réclamé la fermeture immédiate de tous les sites semi-mécanisés illégaux, jusqu’à leur mise en conformité.

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