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Traité UE-Mercosur: pourquoi l'environnement et le climat ont disparu du débat?

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L'Union européenne a finalement donné son feu vert à la signature de l'accord de libre-échange avec le Mercosur. La France, qui a voté contre, s'est focalisée sur le sort des agriculteurs en occultant les menaces que fait peser le commerce international sur la planète. C'est un aboutissement, mais à quel prix ? Un quart de siècle plus tard, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Uruguay, Paraguay) sera officiellement signé samedi 17 janvier, après le feu vert des vingt-sept pays de l'UE vendredi dernier. La France, elle, en pleine crise agricole, a voté contre, pour la défense des agriculteurs, mais pas pour les menaces que fait peser le traité sur l'environnement. La défense du climat est passée complètement en-dessous des radars, et pas qu'en France. Le président du Brésil, qui accueillait pourtant il y a quelques mois le dernier sommet mondial pour le climat (la COP30), s'est contenté de saluer un « accord en faveur du commerce international comme moteur de la croissance économique ». Mais certainement pas en faveur de la planète. Que le meilleur gagne En réalité, ni la planète ni le sort de l'agriculture européenne ne sortiront gagnants si, à l'issue de l'étape ultime, le traité UE-Mercosur venait à être ratifié pour entrer en vigueur. « La logique en œuvre est de mettre sur un même ring des acteurs économiques qui ont des compétitivités différentes et de leur dire : "Que le meilleur gagne". On construit ainsi du moins-disant sur les prix, et donc sur la rémunération des producteurs. On créé également du moins-disant environnemental, des pressions à la baisse sur les normes environnementales », analyse l'économiste Maxime Combes, animateur en France du collectif de la société civile Stop Mercosur Cette dimension environnementale a d'ailleurs totalement disparu ces derniers jours dans le débat français. Il y a quelques temps pourtant, le gouvernement avait mis en place une commission sur les impacts de ce traité de libre-échange. Avec au final un chiffre implacable : plus 34% de CO2 dans les échanges commerciaux entre l'Union européenne et le Mercosur. Mais depuis, les tracteurs sont entrés dans Paris, la fronde agricole ne faiblit pas. C'est visible, spectaculaire, alors que la déforestation de l'Amazonie nous semble bien lointaine. Le court terme, le court-termisme, l'ont emporté. Et dans ce dossier-là, le backlash écologique a encore fait son œuvre. « Aujourd'hui, avec le retour en arrière sur cette problématique dans les priorités politiques et du débat médiatique, c'est beaucoup moins audible et beaucoup moins entendu que les mobilisations du monde agricole », regrette Maxime Combe. Pesticides interdits et exportés Ce traité est pourtant en contradiction avec les engagements climatiques de l'Union européenne, et tout simplement avec l'Accord de Paris pour le climat. Mais on ne le dit pas ou peu. On se soucie des éleveurs français, à juste titre, mais jamais on ne s'interroge sur l'impact de la consommation de viande sur la crise climatique. Vu d'Europe, on parle d'un traité favorable aux constructeurs de voitures, alors même qu'on va peu à peu interdire en Europe les moteurs thermiques. On va aussi exporter davantage de pesticides en Amérique du Sud, ces mêmes pesticides qui sont interdit en Europe... En fait ce traité, qu'on a commencé à négocier il y a 25 ans, est un traité d'un autre siècle. « Il est certain que l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les pays du Mercosur n'a pas été pensé, réfléchi et négocié dans une perspective de lutte contre le réchauffement climatique et de protection de la biodiversité, constate Maxime Combes. Tous les enjeux environnementaux ont donc été laissés de côté, et en ce sens c'est un accord très largement dépassé, obsolète, dont les principes datent réellement du XXe siècle ». En occultant les questions climatiques et environnementales, on évite de poser les questions qui fâchent, on évite un débat explosif : la remise en cause du dogme libéral en vigueur depuis 40 ans. Le commerce international et la compétitivité ne sont pas compatibles avec les intérêts de la planète. « Vous ne pouvez pas mener des politiques environnementales ambitieuses et dire en même temps que vous voulez que les acteurs économiques soient les plus compétitifs sur les marchés mondiaux », affirme ainsi l'économiste Maxime Combes. Parce que la défense de l'environnement remet en cause le modèle économique dominant, elle passe au second plan. Elle est pourtant loin d'être secondaire. À lire aussiLe débat sur l'accord UE-Mercosur illustre les complexités de la politique européenne
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